Plus riche région d’Espagne, la Catalogne vient de porter un indépendantiste à sa présidence. Soutenu par une coalition allant de la droite conservatrice à la gauche anticapitaliste, Carles Puigdemont, 53 ans, journaliste et fils de pâtissier, a été investi hier par les élus catalans après le soudain retrait, la veille, du président sortant, Artur Mas, qui avait mené les indépendantistes à la victoire aux élections régionales de septembre dernier mais ne faisait pas l’unanimité dans son camp.

Contrairement à son prédécesseur dont la radicalisation nationaliste n’était que récente, Carles Puigdemont est un indépendantiste de toujours, militant si convaincu qu’il s’est aussitôt engagé à lancer sans délai le « processus de création d’un Etat indépendant » et devrait vite instituer une administration fiscale et une sécurité sociale proprement catalanes.

L'indépendance catalane n'est pour autant pas inéluctable mais, outre que ce nouveau président la souhaite vraiment,l'espagne peine parallèlement à se trouver un gouvernement.

Ses élections de décembre avaient partout été applaudies en raison de l’apparition de nouvelles et jeunes figures politiques à la tête de nouvelles formations, Podemos à la gauche de la gauche et Ciudadanos au centre. Le fait est qu’un vent nouveau avait alors soufflé sur l’Espagne mais on s’aperçoit aujourd’hui qu’elle est sortie de ce scrutin rajeunie mais ingouvernable.

Ayant perdu leur majorité absolue, les conservateurs sortants voudraient s’allier au PSOE, le Parti socialiste ouvrier espagnol, pour former une grande coalition à l’allemande. Beaucoup des dirigeants socialistes y seraient favorables mais leur nouveau secrétaire général, le jeune Pedro Sanchez, voudrait suivre, lui, l’exemple des socialistes portugais qui se sont alliés aux gauches de la gauche et donc conclure un accord de coalition avec Podemos.

Tout y pousse car le PSOE et Podemos ont désormais en commun un solide ancrage européen et un rejet des politiques d’austérité - politiques d’ailleurs battues en brèche depuis que la majorité conservatrice aux commandes de l’Europe a accepté que la France remette à plus tard son retour à l’équilibre en décidant d’investir dans sa sécurité aux lendemains des tueries du 13 novembre.

L’alliance des gauches espagnoles était en marche mais elle buttait encore sur … la Catalogne car Podemos y est favorable à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance alors que les socialistes n’en veulent pas car ils se refusent à même envisager la possibilité d’un délitement de l’Espagne.

C’est là qu’on en était avant l’élection de Carles Puigdemont. Les uns vont maintenant dire que le seul moyen de le contrer est de faire parler les urnes car, majoritaire en sièges, l’indépendantisme catalan ne l’est pas en voix. D’autres considéreront que l’Espagne doit faire, au contraire, front en se dotant d’une grande coalition. L’indépendance catalane est en marche mais l’Espagne est toujours sans majorité.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.