L'Europe de la souveraineté

L’économie, d’accord, on voit à peu près. Russie, Syrie, chacun des candidats à la présidence fait également entendre sa musique, plus souvent confuse que claire, mais l’Europe ? Mais ce sujet fondamental, totalement prioritaire en fait puisque la France, au-delà de tous les débats, ne sera tout simplement pas la même suivant que l’Union se défait ou rebondit, conserve les mêmes politiques ou en change ?

Sur l’Europe, seuls deux des candidats avaient jusqu’à présent des positions vraiment affirmées. Bien qu’elle tende à mettre un bémol sur la sortie de l’euro, Marine Le Pen continue de pourfendre l’Union et voudrait que la France en sorte à son tour. François Fillon, lui, remet à l’honneur l’Europe des nations, en pleine cohérence avec l’euroscepticisme qui a toujours été le sien.

En dehors d’eux, c’était un camaïeu de gris et puis, lundi, première nouveauté. C’est sur l’Europe que Benoît Hamon choisit de se démarquer de ses rivaux de la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg. Il déclare « important de redire aujourd’hui qu’on peut être, à la fois, dans la coopération en Europe et dans le progrès social ». Il ajoute, citant Mélenchon et Montebourg, qu’en entretenant « une forme d’euroscepticisme », on peut conduire des électeurs de gauche à voter Front national et conclue : « Je ne briserai pas le projet européen ».

L’unité européenne vient de trouver un défenseur de taille à la gauche de la gauche, évolution déjà sensible avec Podemos en Espagne et Syriza en Grèce, et le second événement s’est produit, hier, à Berlin, avec le discours d’Emmanuel Macron devant les étudiants de l’université Humboldt.

C’était sans concessions à l’air du temps.

Ne craignant nullement d’y perdre des voix, c’est en partisan convaincu de la nécessité de l’unité européenne qu’Emmanuel Macron a développé l’idée d’une « Europe de la souveraineté », reprenant le souverainisme aux nouvelles extrêmes droites nationalistes pour en faire l’étendard d’une Europe de demain, apte à « concrètement » défendre ses valeurs et sa sécurité.

Cette souveraineté, a-t-il dit, doit d’abord reposer sur un pilier sécuritaire avec le renforcement de la protection commune des frontières de l’Union et le financement commun d’une Défense européenne dotée d’un Quartier général permanent et d’un Conseil de sécurité européen. Cette souveraineté doit s’appuyer ensuite sur des piliers numérique et écologique et sur un pilier économique, avec la création d’un budget commun permettant de financer des investissements d’avenir ; la mise en place d’un « agenda anti-dumping » de convergences sociales et fiscales entre Etats membres et une réforme de la politique commerciale afin de « civiliser la mondialisation » en accompagnant l’ouverture des protections nécessaires.

Emmanuel Macron n’a pas plus appelé à de nouvelles institutions qu’à de nouveaux traités car il serait impossible de les négocier aujourd’hui. Non, ce sont des avancées répondant aux craintes et critiques des opinions européennes qu’il a proposées : un programme pour l’Europe, crédible et réalisable.

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