Parce que les électeurs n'en veulent pas, les nouvelles extrêmes-droites renoncent à leurs appels à sortir de l'Union

C’est un signe de plus du recul de l’europhobie. Hier résolument hostile à la monnaie unique, le Mouvement 5 étoiles a rétropédalé, hier, à trois mois des prochaines législatives italiennes, en estimant que cette question n’était plus prioritaire.

         « Il est temps de changer les règles de l’euro, pas d’en sortir » a déclaré son chef de file, Luigi Di Maio, aux yeux duquel des négociations avec les autres Etats membres de l’Union sont devenues possibles car, explique-t-il, l’Allemagne peine à se trouver une coalition, l’Espagne a un gouvernement minoritaire et les grands partis français se sont affaissés. 

         Ce sont là les raisons qu’il avance mais si ce mouvement qui s’était largement bâti sur la dénonciation de l’Union européenne et prospère aujourd’hui sur le refus de l’immigration et l’idée d’un revenu universel change maintenant de pied sur l’euro, c’est qu’il est en tête des sondages et ne veut pas décrocher le 4 mars, comme Marine Le Pen au second tour de la présidentielle française. 

         Comme tous les partis populistes et d’extrême-droite de l’Union qui avaient tant espéré une victoire du Front national, le Mouvement 5 Etoiles a conclu de la défaite de Mme Le Pen que les électeurs ne voulaient pas d’une sortie de l’euro et qu’il valait mieux ne plus leur proposer cette aventure.

         Dans toute l’Union, l’europhobie se fait ainsi beaucoup moins entendre. En Allemagne, l’AfD réserve désormais l’essentiel de ses coups aux immigrés. En France même, le FN tire le rideau sur ses appels d’hier à suivre au plus vite l’exemple britannique. En Italie toujours, Silvio Berlusconi jure que ses alliés de la Ligue du Nord ne veulent plus d’un retour à la Lire. Les gouvernements nationalistes de Pologne et de Hongrie cherchent désormais à raccrocher les wagons avec leurs partenaires européens. En Autriche, le FPÖ n’a pu entrer en coalition avec la droite qu’au prix d’une renonciation à l’europhobie. Et en République tchèque, autre exemple, Milos Zeman, le président sortant dont l’Union n’est pas exactement la tasse de thé est aujourd’hui menacé par un européen militant qui pourrait le battre à la fin de ce mois dans un second tour devenu très ouvert. 

         Hier ascendante, l’europhobie devient, oui, déclinante mais Mme Le Pen n’en est pas la seule cause. Bien au-delà de l’électrochoc que son échec a provoqué dans toute l’extrêmes-droite européenne, les gouvernements, partis et électeurs des 27  pays de l’Union, ont découvert, grâce à M. Trump, que la protection militaire des Etats-Unis ne leur était plus assurée à jamais, que la vieille Europe n’intéressait décidément plus guère Washington et qu’à l’heure de M. Poutine et des chaos proche-orientaux, ils devaient prendre en main leur avenir et leur Défense et donc le faire ensemble. 

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.