Un accord de gouvernement a été conclu dans la province espagnole entre la droite et le centre-droit, avec le soutien du petit parti d’extrême droite Vox. Une première en Espagne depuis le retour à la démocratie, qui s’inscrit dans la poussée des partis d’extrême droite et populistes en Europe.

Santiago Abascal, le dirigeant du parti d’extrême droite espagnol Vox, en novembre 2018 à Grenade.
Santiago Abascal, le dirigeant du parti d’extrême droite espagnol Vox, en novembre 2018 à Grenade. © AFP / CRISTINA QUICLER / AFP

L’accord de gouvernement survenu mercredi en Andalousie entre la droite et le centre droit, et avec le soutien de l’extrême droite, a des implications qui dépassent de loin cette région du sud de l’Espagne. Il s’inscrit dans le contexte européen de poussée des partis d’extrême droite et populistes, qui contraignent les autres formations à des choix délicats, y compris en France.

En Andalousie, Vox, petit parti d’extrême droite, ou de droite réactionnaire comme on préfère l’appeler en Espagne, avait créé la surprise en décembre, en faisant pour la première fois son entrée dans un parlement régional, dans un pays qui semblait immunisé par son passé franquiste. Avec un paysage politique éclaté, Vox devenait même « faiseur de roi », c’est-à-dire qu’aucune coalition n’était possible sans son accord.

A l’arrivée, cet ancien bastion socialiste pendant 36 ans a basculé à droite avec l’accord conclu entre le Parti populaire, la formation conservatrice, et le parti de centre-droit Ciudadanos. Le Parti populaire a signé un autre accord avec Vox, qui assure une majorité à la nouvelle coalition.

C’est une première depuis le retour à la démocratie en Espagne, il y a 40 ans. En échange de son soutien, Vox n’a pas obtenu grand-chose, et pas, en particulier, cette demande incongrue de suppression de la loi sur les violences sexuelles.

Mais le simple fait que le Parti populaire accepte de conclure un accord de soutien avec lui constitue une victoire de taille. Pas de « cordon sanitaire » en Andalousie, la droite n’a pas eu d’états d’âmes.

Et cette victoire a une dimension européenne évidente. De grandes manœuvres sont en cours à l’extrême droite de l’échiquier, dans la perspective des élections européennes de mai prochain.

Matteo Salvini, le leader de la Ligue, l’extrême droite italienne, était en Pologne cette semaine pour tendre la main au parti ultraconservateur au pouvoir. Hier, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a applaudi la démarche.

En France, le Rassemblement national a déjà scellé une alliance avec Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien. 

En décembre, Marine Le Pen avait chaleureusement accueilli sur Twitter la percée de Vox. Et la dirigeante du Rassemblement national ne peut que se féliciter aujourd’hui de voir ce parti sollicité pour soutenir une coalition avec Ciudadanos, car c’est embarrassant pour … Emmanuel Macron ! 

La République en Marche est en effet associée à Ciudadanos en vue des Européennes, et ce qui vient de se passer en Andalousie affaiblit son intransigeance face à l’extrême droite. 

Mardi à Bruxelles, la Ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau, déclarait qu’il ne pouvait y avoir « aucun compromis avec un parti qui porte des valeurs totalement contraires aux nôtres ». Mais il y a bien eu compromis, même en y mettant les formes.

A Varsovie, Matteo Salvini s’est donné pour objectif de détrôner ce qu’il a appelé « l’axe franco-allemand ». A la place, c’est un axe de droite extrême qui s’esquisse, et marque inexorablement des points.

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