Les démocrates conduits par Nancy Pelosi, la Présidente de la Chambre, veulent lancer au plus vite une procédure en destitution de Donald Trump, pour éviter l’impunité et l’écarter de 2024. Joe Biden est plus hésitant.

Donald Trump le poing levé à la Maison Blanche, le 4 novembre 2020, au lendemain de l’élection présidentielle.
Donald Trump le poing levé à la Maison Blanche, le 4 novembre 2020, au lendemain de l’élection présidentielle. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Il y a deux manières de regarder la question de l’« impeachment » de Donald Trump : d’un côté, Nancy Pelosi, la Présidente de la Chambre des représentants, refuse l’impunité à un Président qui a selon ses mots, « incité à l’insurrection » ; de l’autre, Joe Biden, le Président-élu, qui privilégie la « réconciliation », et redoute qu’un procès en destitution ne prolonge les divisions de l’Amérique et gêne son début de mandat.

Ce débat devra être tranché très vite, car Donald Trump doit quitter la Maison Blanche dans neuf jours précisément. Les démocrates pourraient laisser 24h au Vice-Président Mike Pence pour qu’il chasse le Président comme il en a le pouvoir. En cas d’échec, la Chambre des représentants devrait voter la destitution cette semaine. Mais ensuite, le « procès » de Donald Trump se déroulera au Sénat, sans doute bien après son départ de la Maison Blanche.

Alors à quoi bon condamner un Président qui aura déjà quitté ses fonctions ? Les démocrates favorables à l’« impeachment » ont une double motivation. La plus évidente est en effet celle de l’impunité. Les auteurs de l’intrusion au Capitole sont arrêtés les uns après les autres, et seront condamnés ; il serait illogique que celui qui les a lancés à l’action s’en tire sans sanction.

La deuxième raison est qu’aucun Président des États-Unis n’aura subi deux procédures d’« impeachment » pendant son mandat ; Donald Trump serait donc le premier, après celle de l’an dernier pour abus de pouvoir. Adoptée par la Chambre des Représentants, elle avait échoué au Sénat où il faut une majorité des deux tiers.

Le but des démocrates est d’atténuer, par cette deuxième procédure historique, le risque de voir Donald Trump se représenter en 2024. Le danger est faible après ce qui s’est passé le 6 janvier, mais le Président sortant conserve le soutien d’une partie de ses 74 millions d’électeurs. L’infamie de la destitution rendrait un tel retour plus difficile.

L’un des enjeux, en mettant en avant la responsabilité directe du Président dans la tentative d’empêcher la validation des résultats électoraux, est de montrer aux électeurs républicains restés fidèles à Donald Trump la gravité de ce qui lui est reproché. C’est loin d’être gagné.

Les premiers sondages sont en effet troublants. 68% des Républicains ne considèrent pas l’assaut sur le Capitole comme une menace pour la démocratie ; 22% d’entre eux vont même jusqu’à l’approuver, et 77% des Républicains refusent d’accepter le départ de Donald Trump de la Maison Blanche.

Ca donne une idée de la polarisation, et surtout de l’impact des mensonges répétés de Donald Trump sur l’élection volée. Une majorité d’électeurs de Trump se dit d’ailleurs liée à l’homme, plus qu’au Parti républicain. 

Ces données expliquent l’attitude des élus républicains qui ont tout accepté de Donald Trump pendant quatre ans, et qui, pour plus d’une centaine d’entre eux, l’ont accompagné au-delà du raisonnable en tentant d’empêcher la validation des résultats jeudi dernier.

Alors que peut faire l’« impeachment » dans ce contexte ? Une partie des démocrates, et quelques rares républicains, estiment qu’il ne faut plus prendre de gants, qu’il faut appeler les factieux par leur nom, et dénoncer le Président sortant pour le danger qu’il représente pour la démocratie. 

Ceux qui suivent les théories du complot ne cesseront pas d’y croire, mais au moins, leur idole sera définitivement tombée de son piédestal pour le reste du pays. La démocratie américaine a peut-être besoin de ce moment de vérité bien tardif.

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