L’Europe, d’abord. Elle n’aura jamais été aussi divisée que cette année, littéralement coupée en deux par la crise irakienne, mais ce n’est pourtant pas cette division qui aura marqué l’année européenne. Pour l’Europe, l’événement est ailleurs. L’événement, c’est ce projet de Constitution dont les Européens ont su, malgré tout, se doter. Les pessimistes disaient qu’ils n’y parviendraient pas, les clairvoyants que si, que nécessité ferait loi et, de fait, l’Europe aura un Président, élu par les chefs d’Etat et de gouvernement, représentant des Etats membres et représentant de l’Union sur la scène internationale. L’Europe sera incarnée. Elle y gagnera en force, en visibilité et, parallèlement, c’est désormais aux citoyens européens que reviendra le choix du président de la Commission, du Premier ministre de l’Union, puisqu’il sera désigné par la majorité que l’électorat européen enverra au Parlement de Strasbourg. Une démocratie européenne va s’affirmer, lentement mais sûrement. L’Europe monte en puissance et l’on comprendra bientôt, petit à petit, que ses divisions sont celles que l’on retrouve dans chacun des Etats membres, entre atlantistes et multipolaristes, libéraux et partisans de l’économie sociale de marché, souverainistes et fédéralistes. Il y a débat dans toute démocratie, dans l’Union comme dans les Etats qui la constituent, et la tâche qui attend maintenant les Européens, une tâche aussi complexe que fondamentale, est d’organiser des forces politiques européennes, gauche, droite, Verts etc., à même d’organiser l’alternance en Europe, de faire de l’Europe une grande et puissante démocratie. L’Irak ensuite. Le moment est maintenant proche où l’on ne pourra plus nier que tous ceux qui avaient mis en garde contre cette guerre, l’Allemagne et la France au premier chef, avaient malheureusement raison, qu’un piège se referme sur l’Amérique à Bagdad car autant il était aisé de renverser Saddam Hussein autant il est difficile de reconstruire ce pays en l’occupant dans la plus invraisemblable des improvisations. En Irak, l’heure de vérité approche. On saura bientôt si Georges Bush s’obstine dans l’erreur, s’il veut continuer à agir seul à Bagdad ou s’il se décide à faire, enfin, appel à l’Onu, à cette assemblée des Nations, pour organiser la sortie de crise qui s’impose. Si la Raison l’emporte à Washington, l’Europe ne devra pas marchander son aide, économique, politique et militaire, car personne au monde n’aurait intérêt à ce que cette crise s’envenime plus encore. Le Proche-Orient maintenant. Nul ne sait si cette trêve tiendra mais outre qu’elle tient, une remarque. Durant ces trente-trois mois de violence, il a été difficile de refuser de diaboliser l’un ou l’autre des deux camps en présence, d’être tout simplement pro-paix. Il était inadmissible de dire que les Palestiniens avaient tort de recourir au terrorisme. Ce sont, aujourd’hui, les Palestiniens qui le disent. Il était scandaleux de dire qu’il fallait ouvrir une perspective politique pour que cessent ces attentats. C’est aujourd’hui Ariel Sharon qui le dit.

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