La junte ne pouvait rater le sauvetage des 13 de la grotte Chiang Rai. L'enjeu était trop important et aussi trop sensible pour un régime militaire en quête de légitimité et de popularité.

Anthony Bellanger
Anthony Bellanger © Radio France / Christophe Abramowitz

Une jeune équipe de foot a hier été libérée et un pays entier était suspendu aux lèvres de centaines de journalistes venus commenter l'exploit ! Mais, vous l'avez compris, l'équipe de foot est thaïlandaise, elle n'a pas pour surnom les Bleus mais les « sangliers sauvages » et sa course contre la montre n'a pas commencé le 14 juin en Russie, mais le 23 juin au fond d'une grotte inondée aux confins du pays.

Hier, le dénouement heureux a soulagé toute la Thaïlande. Un sauvetage qui en rappelle un autre : en août 2010, dans la mine chilienne de Copiapó : 33 mineurs coincés 69 jours sous terre et, eux aussi, sauvés un à un devant les caméras du monde entier.

Les mineurs chiliens qui n'ont d'ailleurs pas manqué d'envoyer un message de soutien et de solidarité. Mais avant d'être un fait-divers mondialisé, télévisé et partout commenté, le sauvetage des 13 de la grotte Chiang Rai était un énorme enjeu pour la junte.

La junte au pouvoir en Thaïlande sur la sellette

Et ce depuis mai 2014. Autrement dit, voilà plus de 4 ans que les militaires thaïlandais ont aboli l'ordre démocratique. Ca n'a rien d'inhabituel : depuis l'abolition de la monarchie absolue en 1932, les militaires ont pris le pouvoir une douzaine de fois.

En 2014, ils l'ont fait après des mois, voire des années, de manifestations et contre-manifestations et alors que la santé de l'ancien roi Bhumibol, ou Rama IX de son nom de règne, déclinait. Il est d'ailleurs décédé en 2016.

Autrement dit l'armée a justifié son putsch en expliquant qu'elle rendrait le pouvoir aux civils sitôt le paysage politique apaisé et la trasition monarchique achevée. Or on y est : Rama X est désormais installé sur le trône et les structures partisanes ont été affaiblies.

Reste donc à organiser des élections – ça devrait être chose faite l'année prochaine en février ou en main. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes militaires possibles jusqu'à cette histoire d'enfants bloqués dans une grotte.

Une histoire en résonance avec l'actualité politique du pays

Il faut comprendre qu'en Thaïlande, il y a toujours cette opposition structurante entre, d'une part les militaires, les moines bouddhistes et le palais, donc les fonctionnaires, et, d'autres part, le pays réel et surtout paysan.

Or les militaires ont commencé par réagir mollement, alimentant le soupçon d'abandon, voire d'indifférence. Aprèstout, c'est une équipe de spéléologue britannique qui a découvert seule que les enfants étaient sains et saufs.

Puis, vu l'émotion grandissante, la junte a vite compris le danger et a immédiatement repris en main le sauvetage : l'armée a envoyé ses meilleurs « marines » et aussi, pour faire bonne mesure, une belle brochette de moines bouddhistes.

En fait, elle a nationalisé l'affaire. La région où se trouve la grotte de Chaing Rai, aux confins de la Thaïlande, de la Birmanie et du Laos est une région agricole et animiste. C'est la région du Triangle d'or, celle de tous les trafics et de beaucoup de minorités.

En multipliant les cérénomies bouddhistes, en accumulant les moyens matériels, la Junte a voulu montrer qu'aucune parcelle du territoire n'était hors de son pouvoir, y compris spirituel. Il fallait donc absolument réussir. Mission accomplie, pour cette fois.

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