Affaire embarrassante que la découverte dans une base du général Haftar des missiles achetés par la France aux États-Unis. La demande de transparence ne fait que grandir sur les affaires d’armes.

Les quatre missiles Javelin découverts sur une base du général Haftar exhibés par l’armée de Tripoli le 29 juin dernier. Ils appartenaient à la France…
Les quatre missiles Javelin découverts sur une base du général Haftar exhibés par l’armée de Tripoli le 29 juin dernier. Ils appartenaient à la France… © AFP / AFP

C’est le genre d’affaire embarrassante qui vient braquer les projecteurs là où il n’y a d’ordinaire que de l’ombre, le commerce des armes.

Tout commence le mois dernier lorsque l’armée favorable au gouvernement de Tripoli découvre, au sud de la capitale libyenne, quatre missiles antichars Javelin de fabrication américaine. Ils se trouvaient dans une base du général Haftar, le chef d’une des factions de la guerre civile libyenne.

Deuxième étape, le Pentagone, à Washington, identifie ces missiles sophistiqués, qui coûtent la bagatelle de 150 000 euros pièce, comme appartenant à un stock acheté par … l’armée française ! 

Ce qui amène enfin Paris à reconnaitre que c’est effectivement le cas, mais que ces missiles n’avaient en aucun cas été fournis au général Haftar, ce qui serait parfaitement illégal, à la fois en raison d’un embargo vis-à-vis de la Libye, mais aussi en raison de l’interdiction de réexportation de ces armes achetées aux États-Unis. 

Non, selon Paris, ils étaient utilisés par des forces spéciales françaises, et, défectueux, étaient simplement stockés en attendant d’être détruits.

Cette affaire apporte un double éclairage sur le rôle de la France : d’abord que des militaires français opèrent en territoire libyen, ce que Paris ne reconnaissait pas officiellement. Renseignement, action antiterroriste ? Des mots vagues pour une mission secrète.

Ensuite, elle sème un peu plus le doute sur les liens entre la France et le général Haftar, qui a pris le risque de relancer la guerre civile dans l’espoir de s’imposer. La semaine dernière, il était accusé d’avoir bombardé un centre de détention de migrants près de Tripoli, et les Nations Unies dénonçaient ceux qui fournissaient les armes aux factions libyennes.

Ces missiles appellent donc des réponses officielles plus précises sur le rôle réel joué par la France dans ce conflit dans lequel, ne l’oublions pas, elle a une responsabilité particulière pour avoir provoqué la chute du régime Kadhafi 2011.

Mais ce n’est pas la seule polémique sur les armes françaises : voilà des mois que se pose la question de l’utilisation des armes françaises exportées en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, et possiblement employées dans leur guerre au Yémen. 

La Ministre des Armées, Florence Parly, présentait justement hier à l’Assemblée nationale son rapport annuel sur les exportations d’armements françaises, et, dans son introduction, elle commence par affirmer que « les Français ont besoin de transparence ».

19 ONG françaises et internationales estiment que ça ne suffit pas : elles ont interpelé hier les députés en leur demandant d’exercer leur devoir de contrôle de l’action gouvernementale. Elles leur demandent de s’assurer que la France ne viole pas ses engagements internationaux en vendant des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats.

L’affaire libyenne vient montrer que, tout en reconnaissant la part d’ombre qui entourera toujours l’action militaire, on est encore loin du compte question transparence.

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