Un petit espoir et c’est fini ? La fin de l’embellie en moins d’une semaine ? On serait tenté de le dire ce matin tant ce tout dernier épisode de la folie israélo-palestinienne a des airs de déjà vu. Un attentat dimanche, cinq morts de chaque côté. Les Israéliens lancent, vingt-quatre heures plus tard, hier, leur opération de représailles, un tir de missiles, cette fois-ci, contre la voiture de l’un des dirigeants les plus en vue du Hamas, Abdelazziz Rantissi. Ils ratent leur cible. Rantissi n’est que touché à la jambe et tandis qu’on relève trois morts et vingt-cinq blessés, des passants pour la plupart, le Hamas promet un « tremblement de terre » à Israël, encore du sang pour laver le sang qui devait laver le sang. A ce compte-là, l’espoir né mercredi dernier, à Aqaba, lorsque les Premiers ministres israélien et palestinien s’étaient engagés, devant Georges Bush, à mettre en œuvre le plan de paix censé déboucher, en 2005, sur la coexistence de deux Etats sortis de la guerre, cet espoir ne paraît plus frêle. Il semble mort, mort-né, et pourtant non, pas encore en tout cas. Quelques heures seulement après que les Israéliens eurent tenté d’abattre Abdelazziz Rantissi, Georges Bush s’est dit « profondément perturbé » par cette action. Il l’a, en fait condamnée, catégoriquement réprouvée, en faisant dire par son porte-parole puis en le répétant lui-même qu’elle « n’aiderait pas les autorités palestiniennes à mettre fin aux attaques terroristes » et ne servait pas, non plus, la sécurité d’Israël. « Je regrette la perte de vies innocentes », a-t-il ajouté en appelant « toutes les parties à agir de façon responsable » et se disant « déterminé à maintenir le processus de paix sur ses rails ». C’était là rejeter à la fois le terrorisme et le contre-terrorisme, dire, surtout, à Ariel Sharon qu’il ne pouvait avoir opté pour la négociation, changé de ton, commencé à démanteler des colonies, et faire le jeu des islamistes en relançant le cycle attentat-représailles à la première provocation du Hamas. De la part de Georges Bush, c’était du jamais vu, un rappel à l’ordre d’un homme qu’il avait, jusqu’à présent, inconditionnellement soutenu et ce tournant marque toute la nouveauté de la situation. Aujourd’hui, les Etats-Unis et leur Président ont un besoin vital de rouvrir un dialogue israélo-palestinien, de montrer qu’ils sont les alliés de la paix avant d’être ceux d’Ariel Sharon, car la stabilisation de l’Irak n’est pas pour demain et que leur situation dans la région risque de devenir vraiment difficile s’ils n’y font pas baisser la tension. Le paradoxe est qu’ils ont plus de chances d’y parvenir à Jérusalem qu’à Bagdad car la crise ne fait que commencer en Irak alors qu’Israéliens et Palestiniens sont économiquement et psychologiquement épuisés par trois ans, bientôt, de violences ininterrompues. Hier, Ariel Sharon a voulu voir jusqu’où il pouvait aller trop loin, ce qu’était sa marge de manœuvre, et la réponse ne s’est pas fait attendre. Georges Bush veut des résultats. Il veut qu’Israël ne complique pas la tâche au nouveau Premier ministre palestinien. Le Président américain veut la paix. Il en a besoin. C’est pour cela que l’espoir n’est pas mort – pas encore.

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