L’abstention, dit-on, disent les sondages, sera forte. C’est possible bien qu’on croit sentir un petit frémissement d’intérêt. Ce ne serait en tout cas pas inhabituel puisque la participation a toujours été faible aux élections européennes mais chaque voix, pourtant, va compter. En votant, à gauche, à droite, pour les Verts ou les souverainistes, les fédéralistes ou l’extrême-gauche, les électeurs ne vont pas seulement soutenir ou censurer les gouvernements en place et indiquer la direction dans laquelle le vent politique souffle en ce moment en Europe. Ces élections ne seront pas seulement un sondage grandeur nature et annonciateur d’évolutions nationales car la majorité qu’elles dégageront déterminera la couleur politique du futur Président de la Commission. Ce n’est pas que l’Union européenne soit déjà une démocratie parlementaire dans laquelle le groupe majoritaire confie les rênes du gouvernement à son champion. On n’en est pas encore là. Il n’y a pas, pour l’heure, de gouvernement européen et les décisions continuent de se prendre, dans l’Union, entre trois pouvoirs, le Conseil où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement nationaux, la Commission qui propose, exécute mais ne décide pas et le Parlement qui ratifie ou non des choix qui sont essentiellement ceux du Conseil. On en est toujours à cet équilibre des pouvoirs, très largement favorable aux dirigeants des Etats membres mais, derrière ce statu quo institutionnel, les choses bougent, en faveur du Parlement, émanation directe de l’ensemble des électeurs de l’Union. Très faible à l’origine, le Parlement prend de plus en plus d’importance. Il s’affirme, d’abord, car, plus le champ de la décision européenne s’élargit, plus les députés européens prennent conscience de leur responsabilité de représentation de l’Union face aux Etats et des moyens qu’ils ont de l’exercer. Le Parlement, désormais, veut exister, toujours plus. Des personnalités commencent à s’y imposer, en députés de l’Union et non plus en simples élus de leur pays respectifs. La sauce prend, celle de la démocratie européenne, et le Parlement a d’ores et déjà gagné le pouvoir de donner, ou refuser, son investiture au Président de la Commission que le Conseil désigne. Si le projet de Constitution est adopté, le Conseil aura même obligation de prendre en compte la majorité parlementaire, le suffrage européen, dans son choix pour la Présidence de la Commission. Le président devra être de gauche si la majorité est de gauche, de droite si elle est de droite et même si ce projet de Constitution n’était pas adopté, il n’est plus concevable, aujourd’hui, que les Etats ignorent la volonté des électeurs européens, exprimée par ces élections. Par ce vote, nous allons de fait désigner le parti, ou la coalition, qui présidera la Commission, qui aura le pouvoir d’appliquer et interpréter les décisions et Traités européens. Plus la participation aura été forte, ou moins elle aura été faible, plus la légitimité populaire de ce Président sera grande, plus la démocratie européenne deviendra réalité. C’est l’enjeu.

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