Ce sont des phrases qui pourraient bien peser lourd sur la scène internationale. « Il faut une date butoir », déclarait samedi Georges Bush à propos des interminables négociations entre Occidentaux, d’une part, Russie et Serbie de l’autre, sur le futur statut de la province serbe du Kosovo dont la population, à 90% albanaise, réclame l’indépendance. Si ces négociations n’aboutissent pas rapidement, a-t-il ajouté hier, « vous devez dire : ça suffit, le Kosovo est indépendant » et ce « vous » ne pouvait s’entendre que comme « vous, les Albanais du Kosovo ». Le Président américain vient, autrement dit, d’inciter les Kosovars albanais à une déclaration unilatérale d’indépendance, à s’y préparer en tout cas, si la Serbie, soutenue par la Russie, n’accepte pas à brève échéance qu’ils se séparent d’elle légalement. Georges Bush ne souhaite en fait pas qu’on en arrive là. Il tente, au contraire, une ultime pression sur Belgrade et Moscou – « un retenez-moi ou je fais un malheur – car, si les Kosovars albanais prenaient cette décision, les Occidentaux auraient échoué à régler le sort de cette province qu’ils avaient protégée, en 1999, en bombardant Belgrade et placée, ensuite, sous administration de l’Onu. Les Etats-Unis, comme les Européens d’ailleurs, veulent éviter cet échec. Ils craignent les violences qui pourraient en découler. Ils redoutent par-dessus tout que le Kosovo ne devienne la nouvelle bombe à retardement des Balkans, mais ces déclarations, ce forcing américain, peuvent-ils contribuer à une solution ? C’est peu probable car ni Belgrade ni Moscou ne céderont à ces pressions et que la position occidentale, surtout, est profondément incohérente et pourrait créer de dangereux précédents. Dans l’ex-Yougoslavie, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, les Occidentaux avaient eu pour position que les Républiques fédérées non seulement avaient droit à leur indépendance mais que leurs frontières internes à la Fédération yougoslave devaient devenir, sans modification, leurs frontières internationales. C’est au nom de ce principe qu’Américains et Européens ont refusé toute idée de frontière ethnique, Grande Serbie et Grande Croatie regroupant les populations serbes et croates, et qu’ils ont notamment défendu l’intégrité territoriale de la Bosnie Herzégovine. C’était un choix, au demeurant discutable, mais c’est le choix exactement inverse que les Occidentaux font maintenant puisque le Kosovo n’était pas une République fédérée mais une province de la République serbe. Non seulement les Occidentaux défendent maintenant, au nom du pragmatisme, ce qu’ils refusaient hier, non seulement ils se mettent ainsi en dehors de toute légalité internationale, mais que pourront-ils répondre, demain, si la Russie reconnaît l’indépendance de régions ou de provinces d’anciennes Républiques soviétiques devenues indépendantes comme l’Ukraine ou la Géorgie ? Elles n’auront absolument rien à répondre. C’est la boîte de Pandore qu’elles risquent d’ouvrir.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.