On peut s’attacher, car ils comptent, aux problèmes spécifiques des socialistes français. Pour tenter de comprendre pourquoi la gauche paraît si mal en point, le sujet de cette matinale, on peut se dire que le PS n’a pas encore su se trouver un leader de la taille de François Mitterrand, que la succession dure, qu’elle a usé beaucoup des figures des années 80 et use, déjà, la génération suivante. On peut surtout se dire que la gauche française continue de souffrir de sa division historique entre réformistes et révolutionnaires qui l’empêche encore, si anachronique qu’elle soit, de former un grand parti de toutes les gauches, le front commun auquel la droite a su parvenir et sans lequel la gauche peinera toujours, logiquement, à réunir une majorité électorale. Tout cela est vrai. Tout cela pèse, et très lourd, mais rien de tout cela n’explique pourquoi les autres partis de la gauche européenne ne sont pas en bien meilleure forme. Le problème fondamental de la gauche européenne est que le monde dans lequel elle avait su inventer et imposer la protection sociale n’existe plus. La « forteresse ouvrière », disait-on de Renault, entreprise mythique qui déterminait les rapports de force sociaux en France mais où sont, aujourd’hui, les forteresses ouvrières ? Les mines ? Elles sont fermées. La sidérurgie ? Il y a longtemps que ses effectifs ont été drastiquement réduits. L’automobile ? Chacun sait qu’elle est en surproduction et que le rapport de force n’y est plus du côté des salariés. Le poids de l’industrie lourde et de ces grandes concentrations ouvrières qui la caractérisaient a considérablement régressé dans les économies européennes. Les services, le secteur tertiaire, comptent de plus en plus. Ses lieux de travail sont éclatés. Les luttes syndicales sont autrement plus difficiles à y mener et, désormais, face à des revendications sociales ou salariales, les entreprises ont, de surcroît, la possibilité de délocaliser. Conséquences, cette permanente recherche du compromis entre le Travail et le Capital qui était la marque, la tâche, la raison d’être de la gauche est devenue bien aléatoire et, plus grave encore, l’allongement de la durée de la vie comme l’endettement des Etats rendent chaque jour plus difficile la défense des acquis de la protection sociale. La gauche va mal car le rapport de forces social, politique, économique, n’est plus du côté du Travail. Le problème de la gauche, de toutes les gauches européennes, est de savoir comment restaurer un rapport de forces et cela passe par deux choses dures à vendre, politiquement parlant. La première est une réinvention de la protection sociale, le sauvetage de l’essentiel pour ne pas tout perdre, et la seconde est l’Europe politique. Face à un capital qui ne connaît plus de frontières, il n’y a pas d’autre voie pour la gauche que de recréer une puissance publique à même de peser dans un marché mondialisé, et cela n’est possible qu’à l’échelle européenne. On peut craindre pour la gauche que ses électeurs mettent d’autant plus de temps à le comprendre qu’elle rechigne à le leur dire. Tant qu’elle ne s’y résoudra pas, elle continuera de décliner.

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