Conforté par ce premier tour des législatives, François Hollande consacrera la semaine à l’Europe. « Chiche », va-t-il dire dans les tout prochains jours à la chancelière allemande qui avait souhaité, vendredi, que l’Union européenne devienne une union politique et budgétaire.

Nous avons, oui, besoin d’une Union économique et monétaire, d’une zone euro, plus intégrée et plus forte qu’elle ne l’est aujourd’hui, expliquera-t-il dans une « contribution » écrite à la préparation du Conseil européen de la fin du mois et dira-t-il aussi mercredi en Italie, mais nous ne devons pas là nous payer de mots, ajoutera-t-il en substance.

Son « oui » sera un « oui, si… » car le président de la République voit deux dangers dans la proposition allemande. Il ne veut ni qu’elle puisse servir à repousser les mesures de relance économique européenne au nom d’objectifs à plus long terme ni qu’elle ouvre la voie à d’interminables chantiers de réformes institutionnelles susceptibles de ranimer les conflits idéologiques dont le projet européen a toujours été porteur. Ce sera « oui » au principe d’une union budgétaire et politique mais si, et seulement si, on arrive dès le prochain Conseil à des décisions concrètes en faveur de la croissance et si la suite est organisée avec un programme de travail par étapes préparant les conditions politiques d’une intégration budgétaire dans le respect de la démocratie, c’est-à-dire sous un contrôle à définir des parlements nationaux.

On n’y est pas encore mais, petit à petit, on s’achemine ainsi vers le nécessaire compromis franco-allemand dans lequel le président et la chancelière obtiendraient ce qui est pour eux l’essentiel. Le premier pourrait se targuer d’un accord sur la régulation commune des banques, sur l’augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement et sur des emprunts communautaires, les « obligations de projet », destinés à couvrir des investissements productifs dans les infrastructures et la modernisation industrielle. Ce serait l’effort de relance économique européenne dont il s’était fait l’avocat depuis le début de sa campagne et la chancelière pourrait, en échange, dire qu’elle a obtenu gain de cause sur les conditions d’un rétablissement des équilibres en Europe car qui dit intégration budgétaire dit contrôle commun des finances publiques nationales.

Chacun aurait alors fait la moitié du chemin et ces pas franchis, l’Union européenne pourrait envisager la mutualisation de ses emprunts, ces euro-obligations chères à François Hollande et qui permettraient aux pays de l’euro d’emprunter ensemble et donc à de bien meilleurs taux. Mme Merkel pourrait alors accepter cette mutualisation à laquelle elle se refuse aujourd’hui puisque les conditions d’une réduction des déficits et des endettements nationaux auraient été remplies.

C’est le scénario qui s’esquisse. Il reste moins de trois semaines pour le mettre en musique. C’est court mais, pour peu que de nouvelles crises, comme celles qui monte à Chypre et persiste en Grèce, ne viennent pas le compromettre maintenant que le cas espagnol a été réglé, l’Europe pourrait voir le bout d’un long tunnel dont elle pourrait sortir autrement plus solidaire et plus forte.

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