Ses motivations n’étaient ni financières ni idéologiques. En révélant au Washington Post et au Guardian que l’Agence nationale de sécurité américaine, la NSA pour laquelle il travaillait, avait accès aux plus grands serveurs du monde et que tous les mails, chats et transferts de données pouvaient être ainsi lus ou écoutés par les Etats-Unis, Ed Snowden n’a obéi qu’à des considérations morales.

Traqué, réfugié à Hong-Kong, ce jeune conservateur de 29 ans a brisé sa carrière et, sans doute, sa vie parce qu’il a pensé qu’il était de son devoir de citoyen de dénoncer une gigantesque entreprise d’espionnage dont plus personne n’est à l’abri, un travail de mise à nu des individus par un Etat qui est le sien, et cela fait de lui un véritable héros de la défense des libertés. On ne peut que s’incliner devant son courage, devant l’esprit de responsabilité aussi avec lequel il a dénoncé un système sans pour autant compromettre des enquêtes ou mettre des gens en danger, et deux conclusions sont à tirer de ses révélations ?

La première est que la plus grande et la plus durable réussite d’Al Qaëda est d’avoir ébranlé le droit dans les Etats de droit que sont les démocraties. On savait déjà que la « guerre contre le terrorisme » déclarée par Georges Bush après le 11 septembre avait conduit les Etats-Unis à organiser des enlèvements et institutionnaliser la torture jusqu’à ce que Barack Obama mette terme à ces pratiques. On sait désormais que le secret des correspondances et le respect de la vie privée que la loi garantit dans tous les pays démocratiques sont allègrement violés, et jusqu’à maintenant, dans le plus grand d’entre eux.

On vérifie là que la guerre efface les lois et, plus grave encore, qu’il est extrêmement difficile de revenir ensuite sur ces reculs du droit. Barack Obama ne parvient pas à fermer l’oubliette qu’est Guantanamo car il ne peut pas faire juger des prisonniers dont les aveux ont été extorqués par la torture et il refuse même de rompre aujourd’hui avec cet espionnage à grande échelle qu’il va jusqu’à défendre parce que ses services lui disent qu’il a empêché des attentats.

Sur ce point, al Qaëda a gagné en remportant une victoire contre la démocratie dans la plus puissante des démocraties et le courage d’Ed Snowden est là pour rappeler que la bataille des libertés ne peut jamais être abandonnée. Elle est toujours à reprendre car aucune loi ne fera jamais le poids face à une menace sécuritaire qui justifiera d’employer contre elle tous les moyens, même les plus illégaux, qui deviendront routiniers une fois utilisés.

La seconde conclusion à tirer de ces révélations qui ne font, au demeurant, que confirmer ce dont on pouvait déjà se douter, est que ces immenses progrès que sont l’informatique et internet constituent aussi d’énormes dangers. Il est infiniment plus facile de pénétrer les boîtes mail que d’intercepter des lettres et les décacheter à la bougie. Les progrès dont nous bénéficions bénéficient aussi à toutes les polices et ces progrès mettent également en danger les Etats, la sécurité collective, puisqu’un bon informaticien vaut tous les réseaux d’espionnage et qu’une cyber-attaque en règle peut être autrement plus foudroyante qu’une offensive militaire.

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