Il y a deux manières de lire ces négociations qui n’en finissent plus de finir entre la Grèce et ses partenaires européens. Dans l’une, c’est à une très classique fin de discussions à laquelle on assiste - à ce moment où les deux parties hurlent en chœur « Retenez-moi où je fais un malheur ! » afin que le compromis qui se cherche leur soit le plus favorable possible.

Les Grecs souhaitent, et on les comprend, que les conditions qui leur soient imposées n’impliquent pas un renforcement ni même un maintien des sacrifices qui leur sont demandés mais leur adoucissement, au contraire, parce que leur population n’en peut plus de se serrer la ceinture et que la majorité qu’elle a portée au pouvoir leur a promis que l’austérité ne durerait pas.

Les autres Européens et le FMI veulent, à l’inverse, veiller à ce que la Grèce puisse rembourser les énormes sommes qu’ils lui ont prêtées, qu'elle s'en tienne, pour cela, à la réduction de ses dépenses budgétaires et sociales. La Commission européennes est d’autant plus exigeante qu’elle parle au nom de l’ensemble des 28, autrement dit de nombreux pays qui ont accepté l’austérité en contrepartie d’une aide communautaire, qui commencent à se redresser aujourd’hui, qui n’acceptent donc pas que la Grèce puisse être mieux traitée qu’eux et cela d’autant moins que leur niveau de vie et leurs salaires minimum sont souvent largement inférieurs aux siens.

Le FMI a une préoccupation semblable car il ne veut pas créer un précédent avec la Grèce alors que ses conditions de prêts, sur les cinq continents, sont autrement plus dures que celles de l’Union européenne.

Deux logiques s’affrontent là et ce pugilat - c’en est un - est d’autant plus violent et complexe que le gouvernement grec doit compter avec l’aile gauche de sa majorité tandis que François Hollande et Angela Merkel, partisans décidés d’un arrangement, doivent compter, eux, avec le rigorisme de Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, et celui de pays comme la Finlande ou les Pays-Bas.

La bagarre est telle qu’une rupture demeure possible. Le plus probable est pourtant que les angles s’arrondissent et qu’un compromis soit scellé mais, bien au-delà du suspens, que dit ce psychodrame ?

Il dit essentiellement que ni la Grèce ni sa nouvelle gauche ne veulent, et a aucun prix, sortir de la zone euro et, moins encore, de l’Union européenne. Il dit parallèlement qu’aussi excédés qu’ils soient par les Grecs, même les plus rigoristes des Européens ne veulent pas les voir partir car cela ébranlerait l’euro et tout l’Union.

Ce psychodrame dit, en un mot, que libéraux ou nouvelles gauches, pays du Nord ou du Sud, tous les Européens - à l’exception peut-être, et encore, de Britanniques - tiennent avant tout à leur unité, quels que soient les reproches qu’ils aient à se faire et quelle que soit la profondeur du divorce entre l’Europe et ses citoyens.

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