Face à Donald Trump, même les souverainistes italiens paraissent serrer les rangs de l’Union

Même faussement commun, il fallait un communiqué commun. Il en fallait un car si ce G7 se terminait sans que les Etats-Unis et leurs alliés puissent cosigner quelques phrases si générales qu’elles soient, cela signifiait qu’on entrait dans un cycle de tensions toujours plus grandes au lieu de maintenir un dialogue, les fils ténus d’une illusion de dialogue. 

        Alors c’est là-dessus – y avait-il ou non volonté d’au moins afficher un accord – qu’a porté l’essentiel des discussions. Donald Trump était assis, buté, bras croisés. Européens, japonais et canadien, les six autres s’adressaient à lui comme des profs excédés par cet impossible gamin qui avait tenté de les diviser en lançant, avant même d’arriver, l’idée de reformer l’année prochaine, malgré l’Ukraine, un G8 avec la Russie, idée à laquelle les nouveaux dirigeants italiens ne pouvaient qu’être favorables. 

Le président américain avait tablé là-dessus pour prendre la main, mais ça n’a pas marché et devant ce front, si Trump qu’il soit, Donald a bien dû accepter d’apposer la signature des Etats-Unis sous une phrase affirmant, incroyable audace, « la nécessité d’un commerce libre, équitable et mutuellement bénéfique » en faveur duquel il fallait « s’efforcer de réduire les obstacles tarifaires, non tarifaires et les subventions ». 

Sous prétexte de son rendez-vous nord-coréen qui n’a pourtant lieu que demain matin, près de trois jours plus tard, Donald Trump file alors sans même attendre la fin du sommet et l’on connait la suite. 

De son avion, par tweet, il s’en prend à d’anodines déclarations du Premier ministre canadien, dénonce rageusement le communiqué commun qu’il vient de signer et précise la menace d’une taxation des automobiles européennes.

Ça s’appelle un bras d’honneur. C’est tellement effarant que la France parle « d’incohérence » et « d’inconsistance » tandis qu’on répète, à Berlin, qu’il faut opposer l’Europe unie à l’America first mais, sur le fond, que s’est-il passé ? 

La réponse est évidente. Avec le plus d’éclat possible, Donald Trump vient de travailler à son succès aux parlementaires de novembre et à la présidentielle de 2020 en se posant en défenseur sans peur des ouvriers américains. Il se moque éperdument que cela compromette les relations entre les Etats-Unis et leurs alliés car l’Amérique, de toute manière, ne veut plus être le gendarme du monde.  

Ce changement sismique est la réalité de la période mais une réalité que l’Europe peine à intégrer car elle oblige maintenant les Européens à marcher vers un bien plus grand degré d’intégration et donc à repenser toute leur évolution politique. C’est le nouveau défi américain, tellement violent que Mme Merkel, devenant là quasiment française, estimait hier que l'Europe devait désormais être "une puissance ayant une culture stratégique". 

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