Les Nations Unies lancent un cri d’alarme sur le sort des migrants qui tentent la traversée de la Méditerranée, où il n’y a quasiment plus de bateaux de sauvetage d’ONG. La proportion de morts augmente.

La carcasse du « Barca Nostra », un navire transportant des migrants qui a chaviré en 2015, noyant des centaines de passagers, est exposée actuellement à la Biennale de Venise.
La carcasse du « Barca Nostra », un navire transportant des migrants qui a chaviré en 2015, noyant des centaines de passagers, est exposée actuellement à la Biennale de Venise. © AFP / Tiziana FABI / AFP

« Si nous ne faisons rien, la Méditerranée deviendra une mer de sang » - l’image est forte, et elle a été employée cette semaine par une porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Ce cri d’alarme survient alors que les beaux jours marquent, comme chaque année, l’accroissement du nombre de tentatives de traversées de la Méditerranée par des migrants qui veulent gagner l’Europe. 

Mais cette année, les circonstances sont particulières : depuis février, il n’y a quasiment plus de bateaux de sauvetage d’ONG internationales pour récupérer les passagers des embarcations en difficulté, et la reprise de la guerre civile en Libye pousse les milliers de migrants coincés dans ce pays à prendre plus de risques pour fuir les combats.

Résultat, selon le HCR, une plus grande proportion de migrants meurt en tentant de gagner l’Europe : environ 15% de ceux qui tentent la traversée. Quelque 14 000 hommes, femmes et enfants ont péri noyés entre 2014 et 2017, au plus fort de la vague des réfugiés, encore 350 depuis le début de l’année alors que les chiffres globaux sont beaucoup moins importants.

L’absence de bateaux d’ONG est le résultat de la politique systématique des États européens : ils  veulent empêcher les ONG de secourir les migrants en mer, après les controverses sur l’arrivée de ces navires dans les ports européens, et la difficulté de trouver des pays d’accueil.

L’Italie l’a fait bruyamment, en accusant les ONG de servir de « taxis » aux migrants, mais plus discrètement, les autres États en ont fait de même en s’abritant derrière des prétextes administratifs,.

Plutôt que de régler un problème politique, les États ont supprimé le problème de la manière la plus brutale qui soit, en tournant le dos aux tragédies qui se déroulent en mer. Et ils ont délégué le travail de police au pire partenaire qui soit, la Libye et son État fantôme.

Ce sont les garde-côtes libyens, équipés par l’Italie et l’Europe, qui se chargent aujourd’hui de stopper les embarcations qui tentent de gagner la rive Nord. Et ils ramènent les migrants en Libye où, selon Human Rights Watch, ils sont soumis à des conditions de détention « dégradantes » et « inhumaines » ou livrés à de véritables esclavagistes. Au début de l’année, 50 ONG ont signé une lettre ouverte accusant l’Europe d’être complice de ces mauvais traitements.

Depuis, la Libye a replongé dans la guerre civile, et les migrants sub-sahariens se trouvent désormais coincés dans un pays en guerre.

Ce qu’on appelle encore, dans le discours politique, d’un bout à l’autre du continent, la « crise migratoire », devrait plutôt s’appeler la crise des États européens, des partis et des opinions publiques face aux migrants. Car les chiffres ne sont plus ceux d’une crise, avec seulement 1.950 arrivées en Italie depuis le début de l’année. 

Mais depuis la vague, bien réelle, de 2015, cette question est devenue un enjeu politique que plus personne ne veut toucher, au risque de fermer les yeux sur des tragédies. L’Europe verrouille, mais elle y perd aussi son âme.

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