Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, a appelé Londres à « choisir son camp », tandis que Pékin menace les Britanniques de représailles s’ils excluent Huawei. Un climat de guerre froide.

Le numéro un chinois Xi Jinping en visite d’État à Londres en des temps plus heureux pour les relations sino-britanniques, en 2015.
Le numéro un chinois Xi Jinping en visite d’État à Londres en des temps plus heureux pour les relations sino-britanniques, en 2015. © AFP / ALASTAIR GRANT / POOL / AFP

Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, n’y est pas allé par quatre chemins : il a appelé cette semaine le Royaume-Uni à « choisir son camp ». C’est évidemment des relations avec la Chine qu’il s’agit, et, comme à l’époque de la guerre froide, la vraie, celle avec l’URSS, l’administration américaine ne tolère pas de tergiversations, surtout de ses principaux alliés.

Le premier ministre britannique Boris Johnson, dont Donald Trump a dit tant de bien, est en effet dans une situation délicate, pris dans l’affrontement croissant entre la Chine et les États-Unis.

Le pendant de Mike Pompeo, c’est l’ambassadeur chinois à Londres, Liu Xiaoming, qui a prévenu le gouvernement britannique que s’il excluait l’équipementier télécom Huawei de son marché, comme il l’a laissé entendre, les représailles chinoises suivraient. 

Pékin, a-t-il dit, ne serait plus en mesure de participer au projet de construction de centrales nucléaires au Royaume Uni, où une entreprise chinoise est associée au français EDF, ni à la construction d’une ligne TGV, un dossier en discussions avancées.

Le Royaume Uni est en première ligne en partie à cause du Brexit. Le pari des partisans du départ du Royaume Uni de l’Union européenne, lors du référendum de 2016, était qu’une fois « libre », Londres serait bien placé pour tirer le meilleur parti des marchés chinois ET américain.

Ils n’avaient pas prévu la montée des tensions actuelles auxquelles ils ne parviennent pas à échapper. Au début de l’année, le Royaume Uni avait fait savoir que l’équipementier chinois Huawei participerait sous certaines conditions au réseau 5G britannique.

Depuis, l’administration Trump a fait de la Chine sa cible numéro un, menaçant les Britanniques de les priver d’accès au réseau de renseignement dit des « Five Eyes », regroupant les pays anglo-saxons, s’ils signaient avec Huawei.

Le coup de grâce est venu avec la loi sur la sécurité adoptée à Pékin pour Hong Kong, l’ancienne colonie britannique pour laquelle Londres conserve une responsabilité non seulement morale, mais aussi légale. Londres a protesté et offert d’accueillir quelques trois millions de Hongkongais, au grand dam de Pékin. Mike Pompeo jette de l’huile sur un feu déjà bien parti.

A Paris on considère que le Royaume uni risque d’être « vassalisé » - le mot est fort -, là où il espérait s’émanciper.

Mais l’embarras britannique risque d’être celui de l’Europe. Les pays de l’Union européenne ont certes la force d’un bloc commercial important, mais ils ont la faiblesse de leur difficulté à énoncer une politique extérieure cohérente, en particulier vis-à-vis de la Chine.

L’Europe veut clairement éviter d’être engagée dans la croisade de l’administration Trump contre Pékin, mais elle ne peut pas fermer les yeux sur les outrances chinoises comme la reprise en mains à Hong Kong ou la désinformation chinoise en Europe. Elle a aussi des intérêts spécifiques à défendre.

Cette voie étroite dans un monde polarisé est difficile à trouver, et plus difficile encore à tenir, comme le montre l’exemple britannique. C’est le défi le plus complexe à relever pour les Européens.

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