Fin de l’opération Barkhane au Sahel, et critiques vis-à-vis des dirigeants africains qui « n’assument pas leurs responsabilités » : le Président français change le dispositif … pour mieux rester en Afrique de l’ouest.

Soldat de l'opération Barkhane au Sahel, dont Emmanuel Macron a annoncé hier la fin prochaine. L'action militaaire française contre les djihadistes continuera sous un autre format.
Soldat de l'opération Barkhane au Sahel, dont Emmanuel Macron a annoncé hier la fin prochaine. L'action militaaire française contre les djihadistes continuera sous un autre format. © AFP / Fred Marie / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Il y a beaucoup de non-dit dans les annonces faites hier par Emmanuel Macron concernant l’intervention militaire française au Sahel. Le Président a décidé de frapper un grand coup pour transformer une situation d’échec en électrochoc aux conséquences imprévisibles.

Depuis des mois, l’intervention contre les groupes djihadistes dans les pays de la bande sahélienne était dans l’impasse. Puis, ces dernières semaines, la donne régionale s’est progressivement détraquée, créant une situation politiquement intenable.

Ca a commencé avec la mort au combat d’Idriss Déby, le président tchadien et dirigeant de la principale armée régionale. Puis il y a eu le « coup d’état au sein du coup d’état » au Mali, l’épicentre de l’engagement français. Dans les deux cas, des successions non-constitutionnelles, dans deux pays alliés de la France, suscitant des interrogations sur le sens d’une action militaire dans des pays qui foulent aux pieds leurs propres lois. 

Emmanuel Macron a nié hier que ces événements soient à l’origine de sa décision de changer le dispositif militaire, mais il est évident qu’ils ont lourdement pesé.

L’annonce choc, celle qu’on n’attendait pas, c’est la fin de l’opération Barkhane, en place depuis 2014, et qui compte 5100 militaires français. Mais il ne faut pas s’arrêter à cette annonce, car elle serait trompeuse. 

La France ne se retire pas du Sahel, ce qui serait contradictoire avec le commentaire du Président selon lequel le cœur de l’action djihadiste globale s’est déplacé en Afrique. Les troupes françaises n’en seront d’ailleurs pas moins engagées au combat, mais sous une autre forme, celle des forces spéciales, des centaines d’hommes regroupés au sein de la force Takouba, aux côtés d’autres Européens. Ils continueront à traquer les djihadistes dans cette zone désertique grande comme plusieurs fois la France.

Ce qui compte dans ces annonces, c’est le message politique qui est envoyé dans plusieurs directions. D’abord aux dirigeants africains qui, selon Emmanuel Macron, « n’assument pas leurs responsabilités », c’est-à-dire qui ne respectent pas l’engagement pris de remettre de l’État dans les zones reprises aux djihadistes ; et en direction de ceux qui seraient tentés de négocier avec certains groupes islamistes. 

Le message s’adresse également aux opinions publiques ; africaines qui sont de plus en plus hostiles à une présence militaire de l’ancienne puissance coloniale qui n’empêche pas les massacres, la corruption, les abus. A ceux qui affirment que Paris impose sa présence, il donne un signe que celle-ci pourrait prendre fin si elle n’est pas souhaitée.

A l’opinion française aussi, qui a le sentiment, à chaque perte nationale -et il y en a eu 55 en sept ans- que cette guerre est aussi ingagnable que ne l’était celle d’Afghanistan dont les Américains sont en train de se retirer.

Il y a un triple danger aujourd’hui : que l’électrochoc ne marche pas, et que la décomposition politique des fragiles États sahéliens se poursuive ; que la France soit amenée à partir totalement au risque d’avoir à assumer un échec militaire dans sa zone d’influence traditionnelle ; et enfin que les djihadistes interprètent la fin de Barkhane comme le signal d’un activisme accru. 

Mais Emmanuel Macron a pris ces risques en connaissance de cause, car il n’y a rien de pire qu’une guerre enlisée.

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