Georges Bush n’avait pas le choix. S’il s’est rendu hier au Pentagone pour s’y livrer à un panégyrique de l’homme le plus contesté des Etats-Unis et du monde, pour y dire publiquement à Donald Rumsfeld qu’il faisait « un travail remarquable » et que les Etats-Unis lui « devaient gratitude », c’est qu’il n’a aujourd’hui plus qu’à tenter de faire front, qu’il est trop déstabilisé pour montrer le moindre signe de faiblesse. Georges Bush n’avait pas le choix car s’il n’avait pas fait le geste de se déplacer, lui, le Président, jusqu’au département de la Défense, s’il n’avait pas dit, par là, qu’attaquer Donald Rumsfeld, c’était l’attaquer lui-même, non seulement les Démocrates et la presse se seraient engouffrés dans la brèche mais toute une partie des élus républicains se seraient joints à eux pour réclamer la démission du secrétaire à la Défense. Georges Bush ne pouvait pas le risquer. Il ne pouvait pas laisser le scandale des tortures et le malaise grandissant sur l’Irak emporter son plus proche collaborateur car la certitude aurait alors été que les chose ne se seraient pas arrêtées là. La certitude est que, Rumsfeld défait, les langues se délieraient encore un peu plus, les militaires s’enhardiraient et, d’enquêtes en auditions, ce que l’on comprend déjà s’avérerait. Il serait vite établi, officiellement cette fois-ci, non seulement que les tortures infligées aux détenus irakiens procédaient bien d’une politique délibérée mais que cela n’a été possible que parce que les Etats-Unis se sont affranchis de tous les principes du droit et de toutes les conventions internationales, à Guantanamo comme dans les prisons irakiennes et afghanes. C’est la Maison-Blanche, c’est ce Président qui se trouverait en première ligne si Donald Rumsfeld tombait. En le défendant, Georges Bush se défend lui-même. Il n’a pas d’autre choix que d’essayer mais sans doute est-il déjà trop tard pour lui. Le flot des photos ne va pas se tarir. Désormais public, le rapport du Comité international de la Croix-Rouge sur la prison d’Abou Ghraib est accablant. Les soldats mis en cause se répandent partout en expliquant, pour leur défense, qu’ils obéissaient à des ordres, briser les détenus pour les faire parler. Mais il y a pire pour Georges Bush. La dernière justification morale de cette guerre, l’établissement d’une démocratie, a maintenant volé en éclats. Pourquoi cette guerre ? Pour quelle cause ? Plus personne ne peut le dire et, tandis que, sur le terrain, tout devient, chaque jour, plus difficile pour les Américains, le monde se détourne des Etats-Unis et les alliés de Georges Bush prennent leurs distances ou menacent d’exploser en vol. Tony Blair est sur la sellette. La presse italienne et l’une des grandes figures de l’équipe Berlusconi exigent des Etats-Unis la démission de Donald Rumsfeld. La Pologne est de plus en plus mal à l’aise et l’on pouvait lire, hier soir, à Londres, dans l’Evening Standart, les lignes suivantes, signées par un journaliste conservateur, Peter Oborne : « L’Amérique est devenue, avec Bush, un Etat-voyou qui doit être endigué. Jacques Chirac avait raison sur l’Irak. Il est temps de se demander si l’ambition française d’une capacité militaire et diplomatique séparée capable de poser un défi aux Etats-Unis n’est pas également juste ».

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.