En termes de superficie, la Russie est le plus grand pays du monde. Pour le reste, elle n’est qu’une puissance en déclin, un pays qui rivalisait encore, dans les années cinquante avec les Etats-Unis qu’elle battait, alors, dans le domaine spatial mais qui n’a cessé, depuis, de prendre du retard en raison de l’incapacité du régime communiste à desserrer l’étau policier qui étouffait la recherche et l’initiative individuelle. Quand la nécessité des réformes s’est imposée, au milieu des années quatre-vingt, et que Mikhaïl Gorbatchev a tenté de changer les choses, il était déjà si tard que tout le système s’est écroulé d’un coup, précipitant la décadence de la Russie et la privant non seulement de ses marches européennes mais aussi d’un empire constitué par les tsars au cours des siècles. Depuis, la Russie est passé à l’économie de marché. Elle a connu une brève décennie de relatives libertés à laquelle Vladimir Poutine a mis terme en restaurant un régime autoritaire appuyé sur la police secrète et, si ses coffres sont pleins comme jamais grâce aux cours du pétrole et du gaz, elle continue de stagner, si déplorablement que son président n’a pas hésité à énumérer, hier, ses maux dans son discours annuel à la nation. Le premier d’entre eux, « le plus grave problème », a-t-il dit, est le recul démographique. Avec 143 millions d’habitants, la Russie est désormais à peine plus peuplée que le Pakistan. Elle a perdu près de six millions d’habitants depuis 1993. Elle en perd maintenant 700 000 par an avec un taux de mortalité de 16 pour 1000 contre 11 pour 1000 en Europe et 8 aux Etats-Unis et une espérance de vie qui ne dépasse pas 58 ans pour les hommes et 72 pour les femmes. On meurt jeune en Russie en raison du délabrement du système de santé, de l’état des routes et des accidents qui en résultent, du taux de suicide et de l’alcoolisme surtout qui fait des ravages dans un pays où l’avenir semble bouché. La Russie est en dépression nerveuse et ce taux de mortalité n’est pas seulement un frein à la croissance. Il menace l’intégrité territoriale du pays dans la mesure où ses zones frontalières se dépeuplent à l’est et que la Chine est en train d’annexer de fait des régions entières. La situation est si inquiétante que Vladimir Poutine a annoncé une augmentation des allocations familiales pour encourager la natalité et prôné également l’organisation du retour vers la Russie de ses très nombreux citoyens qui continuent de vivre dans les anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes. Jamais l’alarme démographique n’avait été officiellement sonnée avec tant de vigueur mais Vladimir Poutine a également dénoncé deux autres des maux nationaux : la « corruption », d’abord, endémique, mais il ne l’a pas dit, car elle sévit aux plus hauts niveaux de l’Etat et que les fonctionnaires ne peuvent tout simplement pas vivre de leurs salaires. Le retard technologique, ensuite, si patent que la Russie, a-t-il souligné, tire ses principales ressources de ses matières premières et doit d’urgence investir dans la science. Il n’y a finalement qu’un seul grand problème que le président russe n’ait pas cité : le recul des libertés et le retour de la peur dont il est le premier responsable.

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