Tout devrait sourire à la gauche européenne. La faillite de Wall Street et la crise économique mondiale ont revalorisé ses idées en dévalorisant le libéralisme. La droite américaine est dans les choux. Un président, Nicolas Sarkozy, qui s’était fait élire en promettant une « rupture » libérale, décrivait bien, la semaine dernière, à Nîmes, les attentes de l’opinion européenne en constatant un « besoin d’Etat », une « demande de protection sociale », « l’exigence d’une régulation de la finance globale » et la « nécessité d’un nouvel ordre économique et monétaire mondial ». Tous les sondages, en un mot, devraient annoncer, aujourd’hui, victoire sur victoire aux gauches européennes mais c’est le contraire qui se produit. En Grande-Bretagne, les travaillistes sont au plus bas, à peine un quart des intentions de vote. En Italie, Silvio Berlusconi continue d’éclipser la gauche. En France, les socialistes ne capitalisent pas sur le terrain perdu par Nicolas Sarkozy. En Allemagne, les sociaux-démocrates n’ont, pour l’heure, aucune chance de remporter les législatives de septembre et, l’un dans l’autre, c’est la droite et non pas la gauche, le Parti Populaire Européen et non pas le Parti Socialiste Européen, qui devrait dominer le Parlement de Strasbourg au soir du 7 juin. Alors que les électeurs veulent des politiques traditionnellement défendues par la gauche, il y a là une contradiction d’autant plus frappante que le simple vote sanction devrait jouer contre la droite puisqu’elle gouverne une large majorité des 27 pays de l’Union. Non seulement l’électorat ne tient pas les droites européennes pour responsables d’une crise née aux Etats-Unis mais, dans la tourmente, sans doute préfère-t-il le statu quo aux alea du changement. La crise semble porter les Européens à la prudence politique mais les gauches ne sont pourtant pas innocentes de leur sort. Après avoir mené, à Berlin, à Londres, à Rome, à Paris aussi, des politiques d’inspiration libérale, elles sont mal placées, d’abord, pour valoriser une filiation idéologique dont elles s’étaient largement détournées, de peur de sembler « archaïques ». Plus grave encore, le retard qu’elles avaient mis à percevoir que cette crise fermerait la longue parenthèse libérale a laissé le champ libre aux droites pour préempter le retour de l’Etat et aux extrêmes gauches pour surfer sur la colère sociale. Dans ces conditions, il ne restait plus aux gauches qu’une possibilité de revenir en force. Elles auraient pu présenter un programme commun aux élections européennes, non pas un obscur manifeste mais deux ou trois points clairs et mobilisateurs, s’engager ensemble sur un tournant social de l’Europe, mais elles n’ont pas même été capables de se trouver une tête de liste commune constituant une alternative crédible à José Manuel Barroso, président sortant et libéral de la Commission de Bruxelles. En ne jouant pas l’Europe, en ne sachant pas se faire l’avocat d’une puissance publique continentale à même de défendre le Travail, les gauches achèvent de se tirer dans le pied.

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