Leur nombre n’est pas en baisse. Qu’ils soient de droite ou de gauche, libéraux, souverainistes ou altermondialistes, les adversaires de l’unification européenne se sentent, aujourd’hui, confortés par les difficultés de l’Union. « Je vous l’avais bien dit », répètent-ils à l’envi, sourds au fait qu’elle relève le défi et ardemment sceptiques sur les possibilités de la voir sortir renforcée de ces crises qui la font tanguer. Seule la réalité tranchera. Rien n’est joué, c’est vrai. On verra mais il y a une question, en revanche, à laquelle chacun peut, dès maintenant, donner sa réponse. Serait-il regrettable ou souhaitable que l’Union se défasse, que l’Europe en revienne aux frontières et aux douanes d’antan et que le franc, le mark, la lire ressuscitent sur les cendres de la monnaie unique ? L’Union sert-elle, autrement dit, à quelque chose et, si oui, à quoi ? Tout le monde, bien sûr, n’a pas la même réponse mais en voici une, en plusieurs points. Si l’on prend l’avion d’Helsinki à Madrid ou de Paris à Varsovie, on ne change pas de monde. Si on le prend d’une ville d’Europe à une ville d’Amérique, les attitudes et les codes, le paysage culturel, sont différents. On passe dans un autre monde et cela signifie qu’il y a une profonde unité de l’Europe, faite d’histoire et d’empreintes communes, de mêmes familles régnantes et de mêmes révolutions démocratiques, de guerres et de traités, de chrétienté longtemps dominante et de ces Lumières qui ont, partout, tout changé. Vieux rêve – atteint, brisé, repris – l’unité européenne a de solides fondements mais ces objectifs d’après guerre, dira-t-on, la paix et le front commun contre l’URSS, sont désormais obsolètes. Erreur, ils ne le sont pas. Les guerres de Yougoslavie, cet instant où la France et l’Allemagne ont failli se diviser comme en 14, viennent tout juste de rappeler que, de l’Ukraine à la Belgique, de la division hongroise à la désunion italienne, plus d’un conflit latent ne demanderait qu’à entraîner le continent dans de nouvelles boucheries et, parallèlement, une autre menace a remplacé l’URSS. Chine en tête, le défi économique des pays émergents vaut bien les chars soviétiques. Le plus démocratique et le plus social des grands ensembles du monde, l’Europe, n’a ainsi pas que des valeurs à défendre mais, également, des intérêts et une stabilité intérieure. Elle ne le ferait certainement pas mieux en ordre dispersé qu’unie, peinant même à s’unir, et son choix est, en vérité, simple. Ou bien elle affirme une unité économique et politique qui la mettra sur les chemins d’un fédéralisme ou bien ses pays ne pèseront plus guère dans un siècle que domineront les anciennes et nouvelles puissances de taille continentale. On peut choisir de ne pas compter. La vassalité a ses tranquillités mais si l’on ne s’en satisfait pas, on ne peut pas toujours rejeter l’Europe car elle n’est pas telle qu’on la voudrait déjà. On ne peut pas constamment soupirer sur elle et ricaner de ses retards et complexités. Il faut la vouloir, telle qu’on la voudrait, et lutter pour elle, telle qu’elle mettra, forcément, hélas, trop longtemps à être car ni Rome ni la France ne s’étaient faites en un jour.

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