Feutrée mais violente, une guerre au sommet s’est ouverte à Téhéran. Depuis la présidentielle truquée de 2009, le pouvoir y reposait essentiellement sur une alliance entre deux hommes qui ont maintenant rompu les ponts : le Guide suprême, Ali Khamenei, chef de la superstructure religieuse qui coiffe toutes les institutions du pays, et son protégé, Mahmoud Ahmadinejad, qu’il avait réimposé à la présidence de la République, contre le vœu des électeurs. Leur connivence était d’autant plus profonde qu’ils avaient réprimé ensemble les six mois de manifestations provoqués par ce coup de force électoral mais voilà que Mahmoud Ahmadinejad endosse aujourd’hui le plus inattendu des rôles, celui d’un réformateur voulant desserrer l’emprise de l’appareil clérical sur la politique iranienne, et qu’il s’est ainsi engagé dans un bras de fer avec le Guide, dirigeant le plus puissant de la République islamique. Leur bataille avait commencé le mois dernier, lorsque le président a limogé le ministre du Renseignement pour le remplacer par l’un de ses proches. C’était vouloir prendre le contrôle direct du plus important des ministères. C’était affirmer son autonomie contre le Guide et il s’en est suivi la plus étrange des séquences. Ali Khamenei a confirmé le ministre dans ses fonctions. Le président a réagi en disparaissant de la scène publique et ne remplissant plus aucune de ses responsabilités pendant dix jours. Le Guide a contré cette grève présidentielle en organisant une campagne de dénonciation du président par les députés conservateurs qui sont allés jusqu’à menacer de le démettre. Le président a alors paru rentrer dans le rang en assistant, dimanche dernier, à un conseil des ministres auquel participait le ministre du Renseignement mais, en sortant de ce conseil, il a refusé de répondre à toute question de la presse iranienne sur le statut de l’homme dont il avait voulu se débarrasser et durement attaqué ceux qui venaient de s’en prendre à lui sur ordre du Guide. Des gens, a-t-il expliqué, veulent utiliser le Guide à de basses besognes. Ils veulent se servir de lui pour se saisir du pouvoir et éliminer leurs adversaires politiques mais ces temps-là, a-t-il lancé, sont révolus. Je ne me laisserai pas faire, a-t-il dit en un mot, et là-dessus, des figures du camp réformateur ont eu la surprise de voir sonner à leur porte des émissaires du président et du Guide, venus leur faire des offres concurrentes d’alliance en vue des élections législatives de l’année prochaine. Le camp conservateur se déchire. Chacune de ses fractions cherche des appuis côté réformateurs et des proches de Mahmoud Ahmadinejad commencent à faire savoir que le président considère désormais qu’il n’est plus possible de laisser les mollahs gouverner l’Iran, que la jeunesse ne le tolère plus et qu’il faut sortir de ce système pour sauver le régime. On ne sait pas jusqu’où ira cette bataille mais Mahmoud Ahmadinejad a d’autant mieux reçu le message du printemps arabe que les sanctions économiques internationales prises contre l’Iran se font maintenant durement sentir et qu’il voudrait trouver, dit-on à Téhéran, un compromis sur le nucléaire. Le fait est, en tout cas, qu’il vient d’accepter de reprendre des pourparlers avec les grandes puissances.

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Shimon Pérès

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