On ne sait pas et peut-être ne saura-t-on jamais. Hier matin, l’explosion de deux voitures piégées a tué 55 personnes et en a blessé près de 400 autres dans le sud de Damas, la capitale syrienne. Les secouristes n’ont pas rempli moins de 15 sacs de restes humains difficiles à identifier. La force de l’explosion a fait fondre les carrosseries de véhicules alentour. Des familles hagardes cherchaient parents ou enfants parmi les cadavres.

C’était l’horreur absolue mais qui est coupable de cette nouvelle monstruosité ? Pour les autorités syriennes, pas de doute : ce sont « les terrorises », autrement dit l’insurrection qui, depuis quatorze mois cherche à renverser le pouvoir en place. Pour les insurgés, pas de doute non plus : c’est le pouvoir, au contraire, qui a ainsi cherché à les frapper d’opprobre nationale et internationale. Face à ces accusations croisées et faute, bien sûr, de toute possibilité d’enquête indépendante, on ne peut rien affirmer avec certitude mais on peut constater, en revanche, que l’opposition n’a aucun bénéfice à retirer d’un tel crime alors qu’il peut profiter au pouvoir.

Ces attentats servent le régime en venant alimenter la thèse, la sienne, selon laquelle la Syrie serait victime d’un complot international, fomenté par le Qatar et l’Arabie saoudite qui voudraient se débarrasser du seul allié sur lequel l’Iran puisse compter dans la région. Ce crime, à l’inverse, ne peut pas servir l’opposition qui n’aurait aucun intérêt à terrifier la population de Damas et à la rapprocher ainsi du pouvoir en place. Si l’on se demande à qui profite cette barbarie, c’est au pouvoir et pas à l’insurrection mais cela ne suffit pourtant pas à désigner le coupable car il n’y a pas, dans cette partie, que le régime et l’opposition.

Depuis décembre, les attentats meurtriers se sont multipliés dans la capitale syrienne et l’on ne peut pas exclure qu’ils soient imputables aux derniers réseaux d’al Qaëda qui restent actifs dans l’Irak limitrophe. L’opposition syrienne n’a rien à voir avec ces djihadistes qui aimeraient se refaire en Syrie mais le fait est qu’ils y sont présents, qu’ils jouent leur carte en profitant du chaos montant et que leur expertise dans l’organisation d’attentat de cette ampleur n’est pas plus à démonter que celles des services syriens dont le cynisme et l’efficacité sont tristement connus.

Tout désigne ou bien al Qaëda ou bien le régime syrien. L’un ou l’autre, on ne sait pas, mais la certitude est que la prolongation de cette bataille entre le pouvoir en place et la population favorise la constante montée de la violence. Si Bachar al-Assad continue à refuser tout dialogue et toute issue politique à cette crise, non seulement la Syrie ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines en proie à la guerre civile mais toute la région en sera déstabilisée, un pays après l’autre.

Il y a urgence à arrêter cela et, si la Chine et la Russie n’évoluent pas, si elles persistent à bloquer toute action du Conseil de sécurité, la question d’une intervention unilatérale des pays arabes et occidentaux finira inéluctablement par se poser. Il y a un moment où il faudra choisir entre deux maux et ce n’est pas le moindre des dilemmes que le nouveau président français devra trancher.

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