En voulant interdire aux pays de l'Union tout commerce avec l'Iran, Donald Trump a suscité la première manifestation d'un nationalisme européen

Interrogez-vous et tendez l’oreille autour de vous. Interrogez également les amis que vous pouvez avoir dans d’autres pays de l’Union et vous entendrez partout demander depuis deux jours : "Mais comment est-il possible que les Américains puissent vouloir nous interdire de commercer avec l’Iran ?". 

La question monte à la fois parce que cette bien réelle volonté des États-Unis fait bon marché de nos souverainetés et parce que Donald Trump a semé l’inquiétude en décidant de se retirer du compromis nucléaire que les grandes puissances avaient passé avec la République islamique. 

Lors de la Guerre du Vietnam ou lorsque Georges Bush s’apprêtait à intervenir en Irak, seule une partie, une très grande partie des Européens mais seulement une partie d’entre eux s’était dressée contre les Etats-Unis mais là, non. 

Là, c’est l’Europe, quasiment toute l’Europe, opinions et gouvernements, Grande-Bretagne comprise, qui condamne Donald Trump et découvre avec effarement que la première puissance mondiale s’est dotée depuis longtemps de lois lui permettant d’imposer sa politique à des Etats étrangers en interdisant le marché américain à leurs entreprises si elles commercent avec des pays que les Etats-Unis entendent boycotter. 

C’est, en un mot, un chantage et maintenant que les Européens en prennent conscience, ce chantage, non, ne passe pas et suscite un vrai malaise dans l’Union, un questionnement et une prise de conscience, la première manifestation d’un nationalisme européen blessé sur lequel Emmanuel Macron a surfé hier dans son discours d’Aix-la-Chapelle. 

Lorsqu’il y lance publiquement, devant Angela Merkel et une pléiade de dirigeants européens : "Si nous acceptons que d’autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies, se mettent en situation de décider pour nous de notre diplomatie, de notre sécurité parfois, alors nous ne sommes plus souverains", il profite d’un climat nouveau pour faire passer son idée maîtresse de "souveraineté européenne", d’une Union faite pour nous protéger et défendre nos intérêts et nos souveraineté additionnées. 

Cette crise iranienne, le président français en a fait, hier, l’exemple patent du besoin d’affirmation internationale de l’Union et c’est fort de l’arrogance de Donald Trump qu’il a interpellé Angela Merkel et à travers elle l’opinion allemande pour leur dire : "Réveillez-vous !". 

"Réveillez-vous", leur a-t-il dit, car la France change, car il y a urgence, car le temps n’est plus aux préjugés réciproques et au "fétichisme budgétaire" mais à une harmonisation de la zone euro et à d’autres avancées des plus allants que les autres suivront plus tard. C’était dire qu'à part sur la Défense, l’Allemagne n’était pas encore prête à de grandes audaces mais y forcer aussi le débat que M. Trump a si obligeamment ouvert. 

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