Boîtes de nuit et bars ont été de nouveau fermés à Séoul, après de nouveaux cas détectés dans le milieu gay, provoquant une poussée d'homophobie. Une situation qui illustre les risques du retour à la vie « normale ».

Réouverture des lieux publics en Corée du Sud, ici les rencontres sportives ont repris, mais avec un public fictif. Parfois, il faut revenir en arrière, comme pour la fermeture des boîtes de nuit et des bars.
Réouverture des lieux publics en Corée du Sud, ici les rencontres sportives ont repris, mais avec un public fictif. Parfois, il faut revenir en arrière, comme pour la fermeture des boîtes de nuit et des bars. © AFP / Jung Yeon-je / AFP

La Corée du Sud est pointée du doigt, à juste titre, comme un modèle de gestion de la première vague de coronavirus hors de Chine. Mais elle nous montre aussi les risques inhérents à la reprise de la vie « normale », y compris dans un pays faisant largement appel à la technologie, et à la responsabilité des citoyens.

Samedi, les autorités sud-coréennes ont suspendu l’ouverture des boîtes de nuit et des bars de la capitale, Séoul, après une nouvelle vague de contaminations provoquée par des comportements visiblement éloignés de la distanciation physique.

Le problème est que ces contaminations se sont produites dans des boîtes gays, et que ça a provoqué une déferlante de commentaires homophobes, sur les réseaux sociaux mais aussi dans la presse, rendant plus difficile encore le traçage des nouveaux cas.

Tout est parti d’un seul homme, atteint du covid-19, qui a fait, dans la nuit du 1er mai, la tournée des principales boîtes gays de Séoul, dont la plus grande peut accueillir jusqu’à 500 personnes. Il est testé positif quelques jours plus tard, et l’enquête des autorités sanitaires montre qu’il a été en contact avec près de 2000 personnes. 34 nouveaux cas liés à cet homme ont déjà été recensés.

Des alertes par mobile ont été envoyées aux 1946 contacts enregistrés pour être précis, afin qu’ils se fassent tester, une méthode qui a fait ses preuves lors de la première vague. Mais ce week-end, seulement 637 d’entre elles s’étaient présentées, soit à peine un tiers. L’explication : répondre, c’est admettre qu’on est homosexuel, ce qui, dans le climat actuel, n’est pas recommandé.

L’exemple sud-coréen est plein d’enseignements. Il l’était lorsqu’il remportait des succès, avec seulement 256 morts dans un pays de 50 millions d’habitants, en première ligne à côté de la Chine. Il l’est de nouveau lorsqu’il subit un revers qui l’oblige à revenir partiellement en arrière.

D’abord, on le sait, mais les exemples concrets le montrent mieux que tout, le déconfinement n’est pas une ligne droite sans obstacles. La Corée du Sud n’a pas connu de confinement généralisé, mais un contrôle étroit à base de tests, de traçage numérique, et de gestes barrière. La phase dans laquelle elle se trouve est celle dans laquelle l’Europe est en train d’entrer, lendemains de pics épidémiques, où la prudence est de rigueur.

La seconde leçon porte sur les limites de ce traçage par smartphone, dès lors que l’on se trouve dans un contexte démocratique. Les applis de traçage sont un outil utile, mais pas la panacée absolue.

Troisième leçon, la plus importante sans doute, c’est la facilité avec laquelle les préjugés, la recherche de boucs émissaires, la stigmatisation de groupes ethniques, de minorités sexuelles, de gens considérés comme « différents », peuvent resurgir dans le climat de peur et d’incertitude d’une pandémie. 

Les sociétés les plus avancées ne doivent pas se croire à l’abri ; la vigilance est au contraire de rigueur. 

Voilà ce que nous enseigne la rechute ponctuelle sud-coréenne, au moment où nous sautons, à notre tour, dans l’inconnu du déconfinement.

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