Les affrontements de Jérusalem autour de l’expulsion de résidents palestiniens se sont poursuivis hier, et se sont étendus à la bande de Gaza après des tirs de roquettes du Hamas et des représailles israéliennes. Le monde extérieur est impuissant à stopper l’escalade.

Les forces de sécurité israéliennes sont intervenues lundi 10 mai sur l’esplanade des mosquées, dans la vieille ville de Jérusalem, où se sont produits de nouveaux affrontements avec des Palestiniens.
Les forces de sécurité israéliennes sont intervenues lundi 10 mai sur l’esplanade des mosquées, dans la vieille ville de Jérusalem, où se sont produits de nouveaux affrontements avec des Palestiniens. © AFP / Ahmad GHARABLI / AFP

Il fut un temps où une brusque escalade, comme celle à laquelle nous assistons à Jérusalem et à Gaza, aurait provoqué une mobilisation diplomatique, avec des appels à relancer le processus de paix israélo-palestinien. Rien de tel dans la crise actuelle : des appels au calme rituels, et même le Conseil de sécurité de l’ONU peinait hier soir à sortir une déclaration commune, pourtant bien tiède.

Pourtant, s’il est un moment où une médiation sérieuse est nécessaire, c’est bien maintenant. A Jérusalem, les affrontements sont quotidiens, jusqu’à l’intérieur de la mosquée Al Aqsa ; tandis que les mouvements islamistes dans la bande de Gaza font de la surenchère de roquettes en direction d’Israël, suscitant d’inévitables représailles sanglantes et un possible embrasement.

Une fois de plus, la violence redevient le seul exutoire, en l’absence de la moindre perspective politique. Le monde entier regarde, impuissant avant même de se poser la question. Certes, il y a des massacres et des guerres ailleurs ; mais ce conflit-là, on le sait bien, a une charge symbolique particulière, dans une ville où cohabitent les trois grandes religions monothéistes, et qui a des résonnances, forcément négatives, au sein de nos propres sociétés.

Il faut reconnaître que l’expression « processus de paix » a perdu sa crédibilité depuis l’échec des Accords d’Oslo, à force de tourner en rond, épuisant des générations de diplomates. 

Chaque président américain s’y est essayé, depuis la fameuse poignée de mains Rabin-Arafat à la Maison Blanche le 13 septembre 1993. Le dernier, Donald Trump, a tenté ce qui fut surnommé « le deal du siècle », une tentative d’acheter le renoncement palestinien à coups de dollars ; il a échoué mais a poussé les pays du Golfe et quelques autres à reconnaître Israël. A l’arrivée de Joe Biden, il était clair qu’il se garderait bien de se mêler de ce dossier, trop à faire avec l’Iran ou la Chine…

Sur le site du Ministère français des affaires étrangères, la dernière entrée au chapitre « processus de paix » remonte au 13 janvier 2017. On peut y lire un texte de Jean-Marc Ayrault, c’est-dire si ça remonte loin, qui affirme que Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas, le premier ministre israélien et le président palestinien, savent l’un comme l’autre -c’est Ayrault qui le dit- qu’il n’y a pas d’alternative à la solution des deux États pour les deux peuples. 70 pays et organisations avaient alors été invités à Paris, mais rien n’avait bougé.

Ca serait sans doute le cas aujourd’hui encore, si on s’y prend de la même manière ; mais plus personne ne s’y risque, de peur de se heurter à l’intransigeance israélienne ou au dysfonctionnement palestinien. L’un se sent trop fort, l’autre se sait trop faible.

Le monde est pourtant légitime à se saisir de la crise et à agir : trop de résolutions de l’ONU laissées en déshérence, et des responsabilités internationales non assumées. Chaque jour qui passe, depuis trente ans, rend les solutions plus inextricables, voire impossibles. Mais le statu quo est lui aussi intenable.

Il n’y a de fait, encore aujourd’hui, que les États-Unis pour avoir la capacité de peser sur les acteurs de ce conflit perpétuel. Sans doute faut-il qu’il y ait embrasement, avec son cortège de souffrances, pour que le pompier arrive pour simplement éteindre l’incendie ; jusqu’à la crise suivante. Personne n’a aujourd’hui le courage de briser ce cercle vicieux.

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