En pleine crise internationale, à quelques jours d’une guerre qu’il réprouve, au pic d’un affrontement avec les Etats-Unis, c’est un Président serein qui s’est adressé hier aux Français. Jacques Chirac était grave, retenu, presque trop, mais parfaitement calme et ce calme n'était pas infondé car si quelqu’un est en difficultés, ce n’est pas lui mais Georges Bush. Malgré des semaines de démarches, de pressions, de promesses, les Etats-Unis ne se sont toujours pas assuré les neuf voix qu’il leur faudrait pour faire avaliser leur guerre par le Conseil de sécurité. Cela peut changer, peut-être y parviendront-ils, mais si l’objectif était à portée de main, c’est dès aujourd’hui que la Maison-Blanche aurait demandé un vote. Non seulement elle ne le fait pas, repousse l’échéance, mais Tony Blair la supplie de repousser encore son ultimatum, fût-ce de quelques jours, car il s’est convaincu qu’avec une échéance à lundi prochain il n’y avait aucune chance de faire basculer le Conseil. Georges Bush n’a pas dit « oui ». Il n’a pas non plus dit « non ». Il hésite et, pendant ce temps, le Pakistan s’oriente vers l’abstention, la Turquie continue de traîner les pieds, aucun ralliement aux Etats-Unis ne se profile vraiment et, pire que tout, la Chine marche à grands pas vers le veto. Isolé comme jamais un Président américain ne le fut, Georges Bush est donc tenté d’en finir, de passer à l’action mais, coup de grâce, le Secrétaire-général de l’Onu, Kofi Anan, un hommes dont les Américains avaient soutenu l’élection, vient de déclarer que « si les Etats-Unis s'engageaient dans une intervention militaire en dehors du Conseil de sécurité, cela ne serait pas en conformité avec la Charte des Nations Unies », qu’ils se mettraient, autrement dit, hors-la-loi. Georges Bush est dans la moins enviable des situations alors que Jacques Chirac, lui… L’opinion française plébiscite sa position irakienne. Il exprime l’immense majorité des citoyens européens. Sa popularité est énorme dans les pays arabes qu’il détourne et ce n’est pas rien, du rejet de l’Occident prôné par les islamistes. Il bluffe l’Asie et l’Amérique latine, a rallié la Russie à l’Europe et, contrairement à ce que pensent les théoriciens du conservatisme américain, il n’y a pas que la puissance militaire qui définisse la puissance politique. Ca aide. Il serait temps que l’Europe y pense mais le soutien de l’opinion internationale compte aussi et que peut craindre la France en manifestant, là, bon sens et volonté ? Des rétorsions économiques ? Comme Jacques Chirac le soulignait hier, on ne peut pas prendre des sanctions économiques contre la France sans en prendre contre l’Europe. Faut-il alors s’inquiéter d’une cassure de l’Union ? La crise irakienne la divise, c’est certain, mais même Tony Blair est aujourd’hui effaré de la brutalité avec laquelle agissent les Etats-Unis. Cette crise passée, l’Europe ne voudra ni abandonner ses acquis ni défaire l’euro. Elle voudra panses ses plaies, avancer, chercher les moyens de le faire, suffisamment exister pour ne plus jamais revivre cette épreuve. Pour l’Union, le moment est cruel mais l’Allemagne et la France se sont plus rapprochées en trois mois qu’en dix ans et ce ne sont pas elles qui souffrent. C’est la Grande-Bretagne qui constate qu’elle ne pèse plus guère à Washington et recule en Europe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.