En accueillant, hier, le chef de l’Etat israélien, Nicolas Sarkozy a eu des mots justes et essentiels. « Ma conviction est claire, a-t-il dit à Shimon Pérès : la meilleure garantie de sécurité pour Israël, c’est la création d’un Etat palestinien moderne, démocratique et viable avant la fin de 2008 ». Soixante ans après la naissance d’Israël, la naissance de la Palestine ne répond, autrement dit, pas seulement à une exigence de justice pour les Palestiniens. Elle est également une nécessité pour les Israéliens mais pourquoi ? La première raison en est qu’Israël n’a plus les moyens de perpétuer l’occupation des territoires palestiniens. Son armée y perd ses capacités militaires en se transformant en force de police. Sa jeunesse se lasse et se dégoûte de ce qui n’est plus la défense de la patrie contre un danger d’invasion étrangère mais des opérations de contrôle, de filtrage, de fouille d’une population civile qui ne peut plus ni vivre, ni travailler, ni commercer, ni se déplacer sans être soumise à des humiliations permanentes. L’image d’un Etat policier se superpose, sur la scène internationale, à celle d’une nation luttant pour sa survie. Elle l’effacera bientôt dans un changement catastrophique pour un pays qui a autant besoin de la sympathie du monde. La poursuite de l’occupation n’est évidemment pas un facteur de développement pour les Palestiniens qui s’enfoncent ainsi dans une misère dont se nourrit l’extrémisme. Et sous peu, dernier problème, les Israéliens se trouveront en charge d’un ensemble territorial – leur pays plus les territoires palestiniens – dans lequel ils ne seront plus qu’une minorité imposant sa loi à la majorité, situation qui n’est pas durable. Ariel Sharon avait si bien fini par le comprendre qu’il avait évacué Gaza et projetait de se retirer ensuite de Cisjordanie avant de tracer unilatéralement une frontière et de mettre Israël à l’abri d’un mur. La maladie l’a frappé avant qu’il ne puisse faire aboutir ce projet mais – seconde raison pour laquelle il faut à Israël un Etat palestinien – ce plan de Sharon n’était pas viable. On l’a bien vu quand les islamistes ont transformé Gaza en base de tir contre les villes israéliennes. Il n’y aura pas de paix durable, pas de sécurité pour les Israéliens, sans un Etat palestinien, fort, organisé, viable et tenu par ses engagements internationaux de respecter des accords de sécurité avec Israël. Shimon Pérès n’est pas le seul à le savoir. La majorité des Israéliens l’a si bien compris qu’Ehud Olmert, leur Premier ministre, n’a pas provoqué la moindre vague lorsqu’il a dit, la semaine dernière, que l’attentat de Jérusalem n’interromprait pas ses pourparlers avec l’Autorité palestinienne mais il faut maintenant aller vite. Nicolas Sarkozy avait raison d’insister, hier, sur ce délai de la fin 2008 car la peur des islamistes chiites et sunnites, de l’Iran surtout, a crée une occasion de paix jamais vue en réunissant les grandes puissances, les pays arabes, Israël et la direction palestinienne dans une volonté commune d’aboutir à un règlement. C’est le processus d’Annapolis mais, faute de résultats, il ne serait bientôt plus qu’un souvenir.

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