L’Allemagne et la France tiendront, demain, leur onzième conseil des ministres commun. Ordre du jour et communiqué final, d’ordinaire tout est réglé en amont de ces rendez-vous institutionnels mais là, non. On ne sait pas encore ce qui sortira de cette réunion qui a été précédée, hier encore, d’incessants contacts téléphoniques entre les deux capitales et de grands débats, surtout, à Berlin, au sein de la coalition comme dans l’entourage d’Angela Merkel, car la France a surpris l’Allemagne en lui proposant de saisir cette occasion pour resserrer leurs liens. Dans un texte en six points, la France a souhaité que Paris et Berlin ne se contentent par de réaffirmer leur convergence, au demeurant grande, sur la question de la régulation financière internationale mais s’engagent, également, à coordonner leurs politiques économiques ; à créer des groupes de travail communs sur l’industrie et l’énergie ; à agir de concert pour faire adopter au plus vite le nouveau traité institutionnel ; à augmenter ensemble leurs efforts d’innovation et de recherche et à œuvrer, dans l’après crise, à la réduction de leur déficit budgétaire et de leur endettement. Rédigé et présenté aux dirigeants allemands par le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Bruno Le Maire, ce texte propose ainsi de faire faire un saut qualitatif aux relations entre les deux pays, d’arrimer progressivement la France et l’Allemagne dans une coopération économique et non plus seulement politique qui devrait constituer, espère-t-on à Paris, un exemple, un précédent pour l’ensemble de l’Union. L’Allemagne hésite. On ne savait pas encore, hier midi, si elle accepterait car après avoir, elle-même, fait à la France, dans le passé, à deux reprises au moins, des propositions très semblables à celle-ci et s’être fait éconduire sans beaucoup d’égards, elle s'était résignée à une certaine distanciation de ses rapports avec Paris. L’Allemagne s’est éloigné de la France car la France n’avait pas voulu se rapprocher d’elle. La difficulté des relations personnelles entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’a rien arrangé même si les choses vont aujourd’hui mieux. Unifiée, l’Allemagne se vit de plus en plus comme la puissance centrale du continent, proche de la France et membre de l’Union européenne bien sûr, mais de plus en plus proche, aussi, de la Russie et intimement liée à l’Europe centrale dans une aire germanique. Des habitudes se sont prises. Il n’est pas évident de faire machine arrière. Ca l’est d’autant moins que l’Allemagne, contrairement à la France, a procédé à des réformes économiques qui ont accru sa compétitivité et dont son commerce extérieur se porte au mieux. C’est la raison pour laquelle Angela Merkel a tant freiné les espoirs français de réponse européenne à la crise mais précisément, il y a la crise qui a fini par plus durement toucher l’Allemagne que la chancelière ne l’avait imaginé et l’idée qu’il faille resserrer les rangs de l’Union a progressé à Berlin. Les Allemands réfléchissent et cherchent leur réponse.

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