C’était un permis de trop. Avant-hier, alors même que le vice-président américain, Joe Biden, se trouvait à Jérusalem pour donner une solennité au démarrage des pourparlers indirects israélo-palestiniens, le ministère israélien de l’Intérieur annonçait la délivrance d’un permis de construire pour 1600 nouveaux appartements à Jérusalem-est, la partie arabe de la ville dont les Etats-Unis ne reconnaissent pas l’annexion. C’était une gifle pour le vice-président et, au-delà de lui, un pied-de-nez à Barack Obama que Joe Biden n’a pas laissé passer. Il a aussitôt « condamné » une décision qui « sape, a-t-il dit, la confiance » et, dès le lendemain, hier, mercredi, les plus proches alliés d’Israël se sont joints à cette condamnation. « C’est une mauvaise décision prise au mauvais moment », a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, en ajoutant qu’elle donnait des arguments à « ceux qui estiment qu’Israël n’est pas sérieux sur la paix ». Le ministère français des Affaires étrangères a parlé, lui, d’une décision « totalement inopportune et illégale au regard du droit international ». La nouvelle cheffe de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a estimé qu’Israël devrait « revenir sur cette décision » qui constitue, a-t-elle dit, un « obstacle à la paix » et, là-dessus, Joe Biden a enfoncé le clou. Reçu à Ramallah par le président palestinien, il y a répété que ce permis « sapait la confiance dont nous avons besoin pour ouvrir des négociations profitables » et ajouté qu’il revenait « aux deux parties de créer une atmosphère de soutien pour les négociations et non pas de les compliquer ». Jamais, en un mot, Israël n’avait suscité autant de critiques, de l’Europe et des Etats-Unis. De la part d’un pays dont la survie à long terme dépend de ses soutiens internationaux, il y a, là, quelque chose de suicidaire, de mystérieux, donc, mais qu’on peut expliquer de deux manières. La première serait de dire que, face à un président américain qui paraît aujourd’hui affaibli, Israël se sent assez fort pour le défier, qu’il céderait, autrement dit, à l’arrogance d’une ivresse. C’est une thèse qui peut se défendre mais l’autre explication, parfaitement vraisemblable mais pas moins inquiétante, serait que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’est fait piéger, dans cette affaire, par les religieux du parti Shass, un pilier de sa coalition, dont le ministre de l’Intérieur est le chef de file. Il se dit, en Israël, que le Premier ministre serait, aujourd’hui, prêt à faire des concessions sur Jérusalem après s’être rallié, en juillet, à l’idée d’un Etat palestinien. Cette rumeur, qu’il entretient lui-même, suscite un grand malaise dans son propre parti et, plus encore, chez ses partenaires de la majorité et les religieux auraient très bien pu vouloir le mettre au pied du mur – le forcer à ne pas condamner la délivrance de ce permis qu’il dit avoir apprise en même temps que Joe Biden et à réaffirmer, ainsi, la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Si c’était l’objectif, il est atteint. Benjamin Netanyahu s’est confondu en regrets auprès des Américains mais n’a pas voulu, ou pas pu, condamner ces nouvelles constructions dans ce qui reste, officiellement, sa capitale.

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