En un mot comme en cent, ça fait plaisir. Nicolas Sarkozy, dira-t-on, veut ainsi faire oublier les atermoiements de sa diplomatie devant les soulèvements de la Tunisie et de l’Egypte, les congés payés de ses ministres et sa frilosité première devant le printemps arabe. C’est sans doute vrai. Ca l’est évidemment en fait mais l’important est précisément qu’il change de cap, ne persévère pas dans les erreurs d’hier et fasse aujourd’hui de la France le défenseur le plus déterminé de ces insurgés libyens qui n’ont que leur courage et des pierres à opposer aux armes lourdes du colonel Kadhafi. C’est important car, en reconnaissant le Conseil national de transition constitué par les insurgés comme le « seul représentant légitime » de la Libye, en s’apprêtant à envoyer un ambassadeur auprès d’eux à Benghazi et en se prononçant en faveur de frappes ciblées contre une dictature qui bombarde son propre peuple, la France tente de sortir l’Europe et le monde de leur inertie et de les amener à faire au moins une partie de ce chemin. C’est l’honneur retrouvé de la France que de s’y essayer mais cela peut-il suffire alors que la contre-offensive du colonel Kadhafi marque des points de plus en plus nets ? C’est toute la question car, en le laissant regagner du terrain, l’Europe, les Etats-Unis et le monde lui ont redonné la main et peut-être permis de bientôt reprendre le contrôle de son pays ou d’accepter, demain, un cessez-le-feu et une ligne de démarcation qui lui laisseraient l’essentiel de la Libye. Tout se joue dans les jours à venir, en bien peu de temps pour des puissances auxquelles il en faut bien plus pour se décider, se concerter et agir. En l’affaire, l’atout de la France est de ne pas être seule mais en convergence avec la Grande-Bretagne qui estime, comme elle, que « Kadhafi et sa clique doivent partir ». Une convergence franco-britannique, cela compte en Europe. Le Conseil européen qui se réunit aujourd’hui ne pourra pas l’ignorer mais l’Allemagne et la majeure partie des autres Européens sont autrement plus réservées. La partie n’est pas gagnée dans l’Union et quand bien même finirait-elle par l’être ce soir, il serait plus qu’improbable que les Européens passent aux hostilités contre le régime Kadhafi sans l’aval du Conseil de sécurité que ni la Chine ni la Russie ne sont prêtes à donner. Parti comme c’est, le dictateur libyen a des raisons d’espérer s’en sortir ce qui constituerait une catastrophe humaine et politique. Non seulement des dizaines de milliers de Libyens le paieraient de leur vie mais tous les peuples du Maghreb et du Machrek qui se sont levés pour la liberté et la démocratie seraient amenés à en conclure que les Occidentaux se soucient d’eux et de leurs propres idéaux comme d’une guigne. C’est une occasion historique, cette chance d’un véritable rapprochement entre l’Europe et le monde arabe qui est en jeu là et qu’il ne faut pas laisser se perdre. L’enjeu est tellement capital qu’il serait, peut-être, sans doute, certainement, souhaitable que la France et la Grande-Bretagne agissent seules, si elles n’arrivaient pas à réveiller l’Europe et l’Onu. Elles ne le feraient pas sans risques mais il est des moments dans l’histoire où il faut savoir aller au-delà des mots et des gestes et prendre ses responsabilités.

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