Ce sont des chiffres accablants qui disent, à eux seuls, l’ampleur prise par le drame syrien. Après avoir annoncé la semaine dernière que le nombre d’hommes, femmes et enfants fuyant cette guerre avait désormais dépassé le million de personnes, le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, a estimé hier qu’on en compterait deux à trois fois plus d’ici la fin de l’année si l’escalade militaire devait se poursuivre.

Ce n’est pas une estimation en l’air car les courbes sont là. Le nombre de réfugiés syriens qui ont gagné le Liban, la Jordanie, la Turquie, l’Iraq et l’Egypte a quasiment doublé depuis le 1ier janvier. Ils étaient 3000 par jour à passer les frontières en décembre, 5000 en janvier, 8000 en février – 8000 par jour – et, loin de se tarir, ce flot ne cesse plus de se renforcer, charriant une moitié d’enfants n’ayant pas encore atteint l’adolescence. A ces chiffres, il faut ajouter celui des déplacés, plus de deux millions de Syriens qui, sans quitter le pays, ont dû abandonner leur maison pour trouver refuge dans des régions moins troublées. A ce jour, quelques 13% des Syriens ont ainsi tout laissé derrière eux pour tenter de sauver leurs familles.

L’angoisse, la faim, le froid sont leur quotidien. Seuls 25% du milliard et demi de dollars promis par la communauté internationale pour leur venir en aide ont été effectivement versés. Ce n’est plus d’aide humanitaire qu’il faut parler mais d’aide inhumanitaire et encore n’est-ce pas le pire car cet afflux de réfugiés provoque évidemment des tensions croissantes dans les pays d’accueil. C’est une situation qui ne peut plus durer mais, au lieu de se décider à hâter le départ de Bachar al-Assad qui seul pourrait ouvrir la voie à une solution négociée, les grandes puissances en sont toujours à se demander quand l’intolérable ne sera plus tolérable.

Pour des raisons purement intérieures, pour que cela ne donne pas d’idées à son propre peuple, Vladimir Poutine ne veut pas qu’un soulèvement populaire ait raison d’un dictateur de plus. Cela bloque toute possibilité d’intervention de l’Onu où la Russie dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité et les Occidentaux, pour leur part, n’en sont qu’à envisager d’armer l’insurrection, et sous plusieurs mois seulement, car ils craignent que les missiles sol-air dont elle aurait besoin pour contrer l’aviation de Bachar al-Assad, ne tombent entre de mauvaises mains.

Plus les Occidentaux tarderont à livrer ces armes, plus les djihadistes prendront du poids dans les rangs des insurgés en y faisant valoir que seuls les attentats terroristes et la vraie foi leur permettront de gagner la partie. Au lieu de se faire des amis en Syrie, les Occidentaux y favorisent leurs ennemis par leur frilosité et, plus durera cette guerre, plus elle menacera de s’étendre à tout le Proche-Orient en y suscitant un affrontement général entre sunnites et chiites et y en encourageant les minorités kurdes à profiter de cette crise pour essayer de se doter d’un Etat nation. La mèche est allumée au Proche-Orient dont toutes les frontières pourraient bientôt être remises en question mais le monde attend pour agir qu’il soit trop tard pour le faire.

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