Manifestation de l'opposition à Caracas
Manifestation de l'opposition à Caracas © MaxPPP / Manaure Quintero

Hier, c’était les médecins mais il y a cinq semaines que cela dure, plus d’un mois que le Venezuela est ébranlé par des manifestations quotidiennes, souvent très violentes et que personne ne contrôle vraiment.

Le mouvement est politique car l’immense majorité des manifestants veulent le départ du chef de l’Etat, Nicolas Maduro, élu d’un cheveu en avril dernier après la mort de son prédécesseur et mentor, Hugo Chavez. C’est beaucoup la droite qui manifeste, celle qui tient les nationalisations de l’ère Chavez et l’étroit contrôle de l’État sur l’économie pour responsables des pénuries et du chômage. Ces troubles ne sont ainsi que la énième réédition du constant bras de fer qui oppose la droite et la gauche vénézueliennes depuis la première élection d’Hugo Chavez en 1998 mais on ne peut pourtant pas les réduire à cela car, bien au-delà de ce perpétuel affrontement, c’est à l’explosion d’un ras-le-bol des classes moyennes qu’on assiste depuis le 4 février.

Ce jour-là, c’est une tentative de viol sur un campus de l’Ouest du pays qui avait mis le feu aux poudres. Ce n’était qu’un fait divers mais le Venezuela est devenu l’un des pays les plus dangereux du monde avec une moyenne de 65 meurtres par jour pour une population de 29 millions d’habitants. Vols, viols et agressions à main armée sont si courants qu’il a quelque chose d’oppressant au Venezuela, d’autant plus insupportable que dans ce pays disposant des plus importantes réserves de pétrole du monde, l’inflation dépasse maintenant les 56% par an et tout manque, produits alimentaires et produits d’hygiène, médicaments et pièces détachées.

Les plus pauvres, c’est l’honneur et la réussite de ce régime, bénéficient de programmes d’aide sociale pour l’alimentation, le logement et les études de leurs enfants. Les plus pauvres restent fidèles au souvenir d’Hugo Chavez et à son successeur. Les plus riches, bien sûr, s’en sortent très bien mais les classes moyennes, elles, n’en peuvent plus car leur vie devient invivable.

Du campus de l’ouest, les manifestations avaient donc bientôt gagné la capitale, Caracas, et d’autres villes. C’est tout à la fois l’inflation, les pénuries et l’insécurité qui ont suscité cette contagion de la contestation et la répression des manifestations a fait le reste. Avec 20 morts et quelques trois cents blessés, l’indignation s’est ajoutée à la colère. L’opposition court après la rue. Certains de ses leaders appellent à la modération.

D’autres jettent de l’huile sur le feu. La censure de la presse n’arrange rien car elle laisse le champ libre aux rumeurs des réseaux sociaux et les propositions de dialogue auxquelles le pouvoir s’est finalement résolu se heurtent à l’intransigeance d’un mouvement qui veut tout à la fois mais rien de précis. Au Venezuela comme dans tant d’autres pays, ces temps sont ceux de la révolte des classes moyennes.

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