Beaucoup moins bien traités, beaucoup des petits pays de l’Union ont grincé et grincent encore des dents. Cela ne s’est, autrement dit, pas fait sans ressentiment et mauvaise humeur mais, réunis hier à Bruxelles, les ministres européens des Finances n’en ont pas moins approuvé le nouveau délai de deux ans accordé à la France pour ramener son déficit budgétaire au dessous de la barre des 3% de son Produit Intérieur Brut.

Il y a plusieurs raisons à cet accommodement avec des règles communes auxquelles la France avait pourtant souscrit comme chacun. L’une est la réalité d’un rapport de forces qui fait qu’une crise avec la deuxième puissance de la zone euro aurait porté tort à toute l’Union, qui n’avait nul besoin d’une telle secousse. L’autre est que le vent a tourné dans la majeure partie des capitales européennes et à la Commission qui sont aujourd’hui moins obsédées par la rigueur budgétaire que par la nécessité de relancer la croissance par l’investissement afin de parer les dangers de déflation.

Ces deux raisons ont beaucoup pesé dans la souplesse dont la France bénéficie une fois de plus mais la principale est qu’il s’est aujourd’hui scellé une telle connivence entre le Président français et la Chancelière allemande que l’Allemagne était la dernière à souhaiter que les déficits français soient trop montrés du doigt.

Vladimir Poutine a beaucoup fait pour cette évolution car, face à lui, non seulement Angela Merkel et François Hollande ont très vite partagé la même approche de patiente fermeté mais ils ont aussi appris à travailler ensemble en situation de crise. « C’est tout de même mieux d’être à deux », a souvent glissé la Chancelière au Président pendant les éprouvantes négociations de Minsk et ce n’est pas tout.

Très attentive à la scène intérieure française, l’Allemagne s’est également prise à mieux comprendre et apprécier la volonté de François Hollande de n’avancer qu’à petits pas sur la voie des réformes structurelles car elle voit bien qu’il ne peut pas compter sur un plein soutien de la gauche, que la droite lui refuse son appui même lorsqu’elle l’approuve sur le fond et que le Front national profite toujours plus de la semi-paralysie qui en résulte.

Or l’extrême-droite française est devenue une préoccupation majeure à Berlin où l’on craint qu’elle ne progresse encore et ne finisse par faire éclater l’Union en s’affirmant comme une force incontournable avec laquelle une partie de la droite finirait par composer. Pour les Allemands, François Hollande est devenu ce qu’il y a de plus rassurant en France, un homme auquel il ne s’agit certainement pas d’aller créer de nouvelles difficultés alors qu’il en a déjà trop.

Le Président français, quant à lui, apprécie tout autant que la Chancelière n’ait pas fait obstacle au plan d’investissements proposé par la Commission et au rachat de dettes publiques par la Banque centrale, qu’elle entende enfin qu’il faut faire baisser l’euro et relancer la croissance européenne comme il le martelait depuis si longtemps. Il y a désormais une convergence politique entre la France et l’Allemagne qui, comme toujours, donne le ton dans l’Union.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.