Les critiques fusent de toutes parts. Parce qu’il sera conclu avec un pays où les libertés sont toujours plus bafouées, l’accord sur les réfugiés que l’Union européenne et la Turquie ont ébauché lundi est aujourd’hui véhémentement dénoncé comme un reniement des principes démocratiques.

Lorsque cette critique vient des démocrates turcs, on la comprend parfaitement bien. Ils sont eux pleinement fondés à s’indigner de ce que les Européens ferment les yeux ou n’en ouvrent qu’un sur l’autoritarisme de leur président qui interdit des journaux et emprisonne des journalistes, voudrait s’arroger de nouveaux pouvoirs et relance une brutale répression contre la minorité kurde au risque de déclencher une guerre civile.

Pour cette bonne moitié de la Turquie qui plaçait ses espoirs dans l’Union, la déception est profonde mais pour ce qui est de ces éditoriaux vengeurs qu’on lit aux quatre coins de l’Europe et de ces gouvernements qui se drapent bruquement de vertu outragée, on comprend moins.

On ne comprend pas du tout, par exemple, que la ministre autrichienne de l’Intérieur ait pu tranquillement déclarer hier, a propos de cet accord, qu’elle se demandait « vraiment si nous avons encore du respect pour nos valeurs ou si nous les jetons par-dessus bord » alors que cette ministre n’a certainement pas été étrangère à l’instauration par son pays d’un quota quotidien de demandes d’asile des réfugiés syriens.

Non seulement l’Autriche s’est assise là sur les traités qu’elle a signés mais elle avait organisé une réunion des pays d’Europe centrale visant à fermer aux réfugiés la route des Balkans et c’est elle qui vient maintenant pousser de hauts cris parce que l’Europe se débarrasserait de ces mêmes réfugiés en concluant un deal avec la Turquie pour que ce soit elle qui les prenne en charge.

Passons sur les éditoriaux tout aussi indignés de journaux qui n’avaient pas particulièrement brillé par leur défense de la politique d’accueil prônée par Mme Merkel. Passons, car il y a bien plus étonnant encore avec ces critiques du Parlement européen dont les élus déploraient avant-hier que l’Union ait « cédé au chantage » du président turc, Recep Erdogan.

Ah oui ? Mais pourquoi est-ce que M. Erdogan peut aujourd’hui poser ses conditions à l’Europe - conditions qui ne sont au demeurant pas effarantes - si ce n’est parce que l’Europe ne veut pas des réfugiés, qu’elle faut à ses obligations juridiques et morales, qu’il n’y pas eu un seul gouvernement européen pour partager la hauteur de vue de la chancelière allemande et que ce même Parlement européen n’a aucunement sauvé l’honneur de l’Europe car bien trop de ses députés se sont tus pour rester solidaires de leurs majorités nationales ?

Ce deux poids, deux mesures a une explication : la tartufferie portée à son sommet.

Hommage que le vice rend à la vertu, il y a un profond sentiment de honte d’eux-mêmes chez ceux qui ont tant voulu éconduire les réfugiés et maintenant que c’est à peu près fait, on se lave de cette honte en défendant les droits de l’homme en Turquie, plutôt qu’en Europe.

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