Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika a regagné Alger hier après une hospitalisation à Genève, en pleine crise politique autour de sa candidature à un cinquième mandat. Le pouvoir algérien reste muet alors que la rue gronde.

Le convoi du Président Abdelaziz Bouteflika à l’aéroport de Genève, dimanche 10 mars, près de l’avion qui va le ramener à Alger. Mais personne ne l’a vu depuis le début de cette crise.
Le convoi du Président Abdelaziz Bouteflika à l’aéroport de Genève, dimanche 10 mars, près de l’avion qui va le ramener à Alger. Mais personne ne l’a vu depuis le début de cette crise. © AFP / Fabrice COFFRINI / AFP

L'avion d'Abdelaziz Bouteflika est revenu dimanche à Alger, en provenance de Genève où le Président algérien se faisait soigner, et on a vu passer un cortège de limousines... Mais en réalité, personne n'a vu Abdelaziz Bouteflika depuis le début de cette crise provoquée par sa candidature à un cinquième mandat à la tête de l'Algérie malgré son état de santé fortement diminué.

Ca fait maintenant plus de deux semaines que les Algériens, par millions, manifestent pour dire leur opposition à ce cinquième mandat. De manière assez exemplaire, ces manifestations ont été globalement pacifiques, joyeuses même, comme lorsqu'un peuple se surprend lui-même par son audace.

Les protestations ont pris la forme d'une authentique révolution « dégagiste » comme on disait en Tunisie en 2011, dans la mesure où, de plus en plus, c'est le régime issu de l'indépendance qui est remis en question, et pas seulement son choix de candidat. Les portes se sont ouvertes, et nul ne semble en mesure de les refermer.

La réponse du pouvoir algérien, jusqu'ici, a été l'obstination. Malgré les premières protestations, la candidature du Président Bouteflika a été déposée, accompagnée du certificat médical nécessaire au dossier, mais sans lui. Accompagnée, aussi, d'une proposition de ne pas aller au bout du mandat en cas de réélection de Bouteflika. Pas de quoi calmer la rue, trop peu, trop tard.

La seule autre réponse, après la manifestation monstre de vendredi, a été d'avancer les vacances universitaires de deux semaines, dans l'espoir que les étudiants quittent Alger... Là encore, les étudiants ont refusé cette tentative un peu grossière de les démobiliser.

En fait, c'est le silence du pouvoir qui s'entend le plus. Car ce régime n'a ni visage, ni voix, en l'absence de son Président qui n'a pas pris la parole en public depuis près de sept ans. Déconcertant en temps normal, ce silence constitue un signe de faiblesse en période de crise,

Les « Kremlinologues » de la vie politique algérienne en sont réduits à analyser les moindres indices. Surtout à deux jours de la date limite pour que le Conseil constitutionnel algérien valide la liste des candidats à l'élection du 18 avril, dernière chance pour en retirer le nom de Bouteflika.

Certains commencent à se demander si l'élection elle-même aura bien lieu, un report permettrait d'organiser une transition plus ordonnée. D'autres guettent les signes d'effritement du pouvoir avec la défection très symbolique des ex-Moudjahiddine, les anciens combattants.

D'autres enfin décryptent une petite phrase du chef d'état-major algérien, le général Ahmed Gaïd Salah, qui a déclaré hier que le peuple et l'armée ont "une vision commune de l'avenir". Quelle est cette vision ? Mystère. Chaque jour qui passe rend les compromis plus difficiles, et fait craindre les dérapages d'un mouvement jusqu'ici exemplaire. Il faut espérer pour l'Algérie que la clameur de la rue soit entendue avant qu'il ne soit trop tard.

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