Alors qu’il devait quitter le pouvoir en 2024, le président russe va pouvoir rester deux mandats de plus, jusqu'en 2036, grâce à une réforme de la Constitution soumise à référendum en avril. S'il reste au Kremlin encore seize ans, il aura régné plus longtemps que Staline…

Vladimir Poutine au Kremlin, le 20 avril 2017.
Vladimir Poutine au Kremlin, le 20 avril 2017. © AFP / Alexander NEMENOV / POOL / AFP

Le propre des hommes providentiels, c’est qu’ils se pensent irremplaçables. Et à force de faire le vide de tout rival potentiel, ils le deviennent en effet. Vladimir Poutine est de cette trempe-là, après déjà 20 ans à la tête de la Russie.

En janvier dernier, le Président russe, réélu sans difficulté en 2018 et dont le mandat va jusqu’en 2024, avait esquissé une réforme constitutionnelle qui semblait devoir lui permettre de conserver son influence tout en respectant la limite du nombre de mandats.

Volte-face hier au Parlement à Moscou, une députée a proposé un amendement qui remet les compteurs à zéro, et permettrait donc à Poutine de faire deux mandats de plus de six ans, soit jusqu’en 2036 : il aura alors 83 ans, et aura gouverné plus longtemps que Staline, mais moins que le tsar Pierre Le Grand, dont Poutine avait affiché le portrait dans son bureau à la mairie de Saint-Petersbourg.

Cette réforme sera soumise à la population par référendum le 22 avril, une formalité en principe, dans ce pays où on s’oppose au Président à ses risques et périls.

Poutine a expliqué hier aux députés que le pouvoir présidentiel « vertical », selon sa formule, était encore nécessaire en Russie. C’est, selon lui, le seul moyen de maintenir la stabilité. Un jour, a-t-il dit, il n’y aura plus besoin de cette personnalisation du pouvoir, un jour…

Cette longévité doublée d’un pouvoir absolu constitue une force dans un monde en recomposition. Poutine a connu quatre Présidents américains, trois leaders chinois, quatre Présidents français… Et il a développé un talent pour saisir les opportunités stratégiques quand elles apparaissent, comme en Syrie lorsque Barack Obama a décidé de ne pas intervenir en 2013.

Il se voit d’autant plus irremplaçable que c’est lui, et lui seul, qui décide de bombarder en Syrie, négocie avec la Turquie d'Erdogan, un autre "homme fort", joue avec les nerfs des Occidentaux sur tous les "fronts", et a fait de la Russie une puissance de nouveau crainte ;  mais dans le même temps, elle reste un acteur économique modeste.

Que peut-on attendre de Poutine dans les prochaines années ? On sait surtout ce qu’on ne peut pas attendre, et c’est-à-dire la libéralisation du système. Dès hier, alors que l’opposition voulait manifester contre cette réforme, le gouvernement a pris prétexte du coronavirus pour interdire les rassemblements...

Dans la même réforme, on trouve la référence à Dieu, l’interdiction du mariage homosexuel… Poutine consolide sa vision conservatrice de l’histoire, lui qui affirmait l’an dernier au "Financial Times" que le libéralisme politique était une idée « obsolète ».

Reste le risque de faire le mandat de trop, de perdre cette autorité faite de respect et de peur qui lui a permis de s’imposer, pour devenir un Brejnev post-soviétique, à son tour fossilisé. Il a encore de la marge, et le monde n’a pas fini de se demander d’où viendra le prochain coup d’éclat de Poutine.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.