A l’opposé de Donald Trump, Joe Biden veut bâtir des alliances pour faire face à la montée de la Chine, il s’entretient demain avec le « Quad », ses alliés dans la zone indo-pacifique, avant le premier contact direct sino-américain, la semaine prochaine en Alaska.

Joe Biden et Xi Jinping se connaissent déjà, ils se sont rencontrés lorsque l’actuel président américain était le vice-président de Barack Obama, ici en 2013 lors d’une visite à Pékin.
Joe Biden et Xi Jinping se connaissent déjà, ils se sont rencontrés lorsque l’actuel président américain était le vice-président de Barack Obama, ici en 2013 lors d’une visite à Pékin. © AFP / Lan Hongguang / XINHUA / Xinhua via AFP

Les grandes manœuvres commencent : après deux mois à la Maison Blanche, Joe Biden s’apprête à plonger dans le dossier le plus important à ses yeux en politique étrangère, les rapports avec la Chine.

Vendredi, le Président américain tiendra un sommet en visio-conférence, son tout premier depuis le 20 janvier, avec les dirigeants de ce qu’on appelle le « Quad », c’est-à-dire, outre les États-Unis, l’Australie, l’Inde et le Japon. Cette structure informelle de concertation a été créée en 2007, et a eu jusqu’ici une existence irrégulière.

Mais aujourd’hui, ces quatre puissances de la zone indo-pacifique ont en commun d’avoir des relations problématiques avec Pékin. L’Inde, qui était la plus réticente à s’afficher dans une alliance dirigée, de fait, contre la Chine, n’a plus d’états d’âme depuis les graves incidents frontaliers de l’été dernier, et une cyberattaque chinoise qui a privé d’électricité les 20 millions d’habitants de Mumbai.

Joe Biden va sonder ces trois pays dans le cadre de la redéfinition de sa politique chinoise. Dans le même temps, le Secrétaire d’état et celui de la défense s’apprêtent à s’envoler pour la Corée du Sud et le Japon, pour des entretiens sur le même sujet ; leur premier déplacement à l’étranger, autre signe de la priorité asiatique de l’administration.

Ce qui change par rapport à Donald Trump, ce sont justement ces concertations, là où Donald Trump agissait seul, au nom d’une Amérique unilatérale. Joe Biden a conservé le cap de l’« endiguement » de la Chine, pour reprendre une formule datant de la guerre froide, mais entend bâtir des alliances.

Ces concertations précèdent le premier contact officiel entre les États-Unis et la Chine, à part un entretien téléphonique entre Xi Jinping et Joe Biden après la transition. Ce contact direct se déroulera jeudi prochain en Alaska, sorte de mi-chemin entre les deux capitales, et réunir Anthony Blinken et Jake Sulliban, le Secrétaire d’État et le Conseiller à la sécurité nationale côté américain ; et, côté chinois, Wang Yi et Yang Jiechi, les deux plus hauts responsables des relations internationales. 

Ce sera un moment-clé, qui pourrait déterminer la tonalité des rapports sino-américains ces prochaines années. La rencontre permettra de savoir si les conditions d’un dialogue existent ou pas sur toutes les questions, économiques, stratégiques, droits de l’homme... 

Les déclarations publiques, de part et d’autre, sont très dures : Anthony Blinken a parlé de « génocide » concernant les Ouigours, le chef de la flotte américaine dans la zone indo-pacifique, l’amiral Davidson, dénonçait cette semaine la « posture agressive » de l’armée chinoise dans la région ; et côté chinois, le chef de la diplomatie Wang Yi n’a pas mâché ses mots en marge de la session parlementaire à Pékin, tandis que les militaires se disaient prêts à relever tout défi américain.

La question est délicate pour Joe Biden, et se pose en des termes différents de la guerre froide avec l’URSS : la Chine est à la fois un partenaire économique important et un rival stratégique. Comment gérer cette relation complexe sans risquer la guerre dont personne ne veut ? En tissant des alliances, Joe Biden veut changer le rapport de forces en sa faveur, au risque de diviser durablement l’Asie en blocs hostiles.

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