Cette crise n'est pas finie. Le nombre d'incidents régresse. On semble s’acheminer vers l'apaisement mais, outre que ce n'est pas déjà le retour au calme et qu'un dérapage peut se produire à chaque instant, il est clair que la plaie est bel et bien là, ouverte, purulente, et que, la fièvre passée, il faudra du temps, beaucoup de temps, pour qu'elle se referme vraiment. Cette crise est profonde et grave car, lorsqu'une fracture sociale se double d'une fracture ethnique, tout devient non pas deux mais dix fois plus compliqué à résoudre et, pourtant, tout n'est pas sinistre dans ce drame. Il y a aussi là des motifs de fierté pour la France et les Français, une bouteille à moitié pleine que nous aurions tort de ne pas voir. Il n'y a, d'abord, pas beaucoup de pays au monde où les nerfs n'auraient pas craqué devant un tel déchaînement. Tant d'incendies de voitures, d'indispensables outils de travail pour tant de gens, tant de destructions d'équipements collectifs, d'écoles et de gymnases chèrement payés par l'impôt, auraient pu faire basculer bien des gens dans une colère aussi aveugle que ce vandalisme. On aurait pu voir la haine monter, une haine raciale puisque ces incendiaires en culottes courtes sont, non pas tous mais pour la plupart, des enfants ou petits-enfants d'immigrés venus du Maghreb ou d'Afrique noire. On aurait pu assister à une grande confusion des esprits entre le terrorisme islamiste et cette éruption de rage sociale. Si cela était arrivé, c'était l'irréparable qui se produisait mais il y eut, au contraire, beaucoup de sang froid devant cette folie, une intelligence collective d'un pays qui a parfaitement compris que ce si mauvais spectacle en tournée dans les banlieues n'était pas « Al Qaëda attaque » mais « Les ghettos explosent ». La presse a fait preuve de retenue. Les forces de l'ordre ont su éviter que le sang ne coule et qu'on ne change de registre. Les Français, surtout, à de nettes majorités, dans d'écrasantes proportions qui font honneur à cette nation, ont su voir les causes derrière leurs effets et être encore plus nombreux à approuver les mesures de long terme annoncées par le Premier ministre que sa décision de recourir à une loi d'exception. Les pouvoirs publics, enfin, le gouvernement, om su maîtriser le temps en attendant que cette vague de violence atteigne son pic pour lui opposer les couvre-feux. Tout cela n'est pas rien. C'est beaucoup. Cela prouve, s'il en était besoin, que ce pays n'est pas ingouvernable, fichu, foutu comme tant de masochistes le chantent à tout va mais, cela étant dit, que fait-on ? Que fait-on lorsque les petits enfants français des travailleurs que la France des années soixante était aller chercher quand elle manquait de bras basculent dans la violence, car le chômage et la fracture sociale sont plus désespérants encore pour Karim que pour François ? Des pistes ont été ouvertes. Le problème est enfin reconnu mais il n'aura pas de vraie solution tant que nous ne saurons pas parler avec pragmatisme, au-delà des idéologies et des réflexes de camp, des moyens de relancer la croissance et de créer des emplois, de négocier et signer un nouveau contrat social, donnant-donnant, pour la France.

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