Déclarés « cibles légitimes » par al Qaëda, ils n’auront connu que dix jours de répit. Dix jours seulement après l’attaque de la cathédrale de Bagdad – 44 fidèles et 2 prêtres assassinés en plein office – c’est dans leurs maisons que les chrétiens d’Irak ont été visés depuis mardi soir. Dans leurs quartiers de la capitale irakienne, des bombes et tirs de mortier ont fait au moins 5 morts et près de trente blessés, des hommes, des femmes, des enfants contre lesquels le feu s’est déchaîné dans leur sommeil pour l’unique raison qu’il s’agissait de familles chrétiennes, noms arabes et prénoms chrétiens. Terrifiées, hagardes, beaucoup d’entre elles disaient, hier, ne plus voir leur salut que dans l’exode et le drame des chrétiens d’Orient vient ainsi de franchir une nouvelle étape. Une décennie après l’autre, inexorablement, leur nombre se réduit depuis un siècle car tout menace, aujourd’hui, ces communautés, multiples, divisées par leurs rites, leurs affiliations et leur histoire, témoins vivants des premiers pas du christianisme dont le Proche-Orient fut le berceau et enfants de ces terres où elle ont préexisté de sept cents ans à l’Islam. Longtemps, elles y avaient vécu sans difficultés, en minorités marginalisées mais protégées, puis il y eut, premier coup de tonnerre, le génocide arménien de 1915, extermination systématique d’un peuple que l’Empire ottoman accusait de jouer, contre lui, la carte russe. Il n’y a pour ainsi dire plus de chrétiens en Turquie alors qu’ils y constituaient près de 20% de la population avant ce génocide mais, ailleurs, la première moitié du XX° siècle fut pourtant un âge d’or des chrétiens d’Orient. Ce fut le temps où leur intelligentsia était l’un des principaux moteurs des nationalismes et de la modernisation arabes, aux côtés d’intellectuels musulmans et juifs qui tous communiaient dans la laïcité et les idées de la gauche européenne. Acteurs influents de partis communistes ou socialisants, les intellectuels chrétiens s’étaient alors affirmés en figures d’un monde arabe renaissant, d’un monde, le leur, qui aspirait à se libérer du colonialisme. La tragédie, celle du monde arabe et des chrétiens d’Orient, est que ces partis, après la décolonisation, durant la Guerre froide, ont été décimés par des dictatures pro-américaines ou bien ont, eux-mêmes, donné naissance à des dictatures de type soviétique, aussi haïes que les régimes féodaux. L’échec des gauches laïques a ainsi laissé la place à un autre courant du monde arabe, celui qui cherchait les voies d’une renaissance dans une affirmation religieuse et sont sortis les mouvements islamistes contemporains, ceux qui veulent déclarer la guerre à l’Occident car ils ne doutent pas d’en sortir vainqueurs. Pour ces djihadistes, ceux qui ne sont pas musulmans n’ont pas leur place dans le monde arabe. Il faut les chasser par le fer et le feu puisqu’ils ne sont, comme ils disent, que des « judéo-croisés », suppôts d’Israël, du pape et des Etats-Unis, et que leur exode ne fera qu’accentuer les tensions avec l’Occident et servir, par là, la folie de leur dessin. Chiites et sunnites, les autorités religieuses musulmanes condamnent cette nouvelle persécution des chrétiens mais, face aux bombes, leur réprobation pèse peu et les chrétiens s’en vont, inexorablement.

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