La droite américaine et les Iraniens sont au moins d’accord sur un point. A les en croire, ce serait grâce à la France pour l’une, à cause d’elle pour les autres, que les grandes puissances et la République islamique ne seraient pas parvenues, samedi, au compromis qui semblait s’esquisser sur la question nucléaire et que les discussions devront reprendre dans neuf jours, le 20 novembre prochain, toujours à Genève.

Les Français s’inscrivent en faux contre cette assertion. Non, disent-ils, il n’y avait pas de désaccord entre nous et nos alliés européens et américain. Nous étions tous, affirment-ils, sur la même position et la preuve en est qu’à la dernière séance de discussions plénières, dans la nuit de samedi, les 5+1, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, ont été unanimes à dire aux Iraniens, Russie en tête, qu’ils devaient revoir leur copie.

C’est la version française des choses mais toute la presse iranienne dénonçait hier une volonté d’obstruction de la France tandis que deux des plus influents sénateurs républicains la félicitaient bruyamment aux Etats-Unis, d’avoir empêché ce qu’ils considèrent comme un mauvais accord. « Vive la France ! », tweetait John McCain en français tandis que Lindsey Graham la remerciait sur CNN en expliquant même qu’elle était « en train de prendre la main au Proche-Orient ».

La vérité est bien sûr plus complexe que ce qu’on en dit à Washington et Téhéran. Il est vrai, comme on le dit côté français, que la France n’a nullement empêché un accord en y opposant son veto et que l’ensemble des grandes puissances étaient finalement arrivées à la conclusion que de plus grandes concessions iraniennes étaient nécessaires. Leur unanimité de la nuit de samedi a été tout ce qu’il y a de plus réelle mais il est tout aussi vrai que c’est la France qui a mis en garde tout au long des discussions contre un accord trop hâtif et n’offrant pas assez de garanties, que ces mises en garde avaient d’abord beaucoup agacé les autres Occidentaux qui avaient laissé voir leur mauvaise humeur devant la presse et que ce sont bien ces mises en garde françaises qui ont, au bout du compte, convaincu les grandes puissances de se hâter lentement et de ne rien signer pour l’instant.

C’est à cause de la France ou grâce à elle, comme on voudra, que les Iraniens ne pourront pas attendre de levée partielle des sanctions économiques qui les frappent avant de s’être montrés plus précis sur l’arrêt de leurs opérations d’enrichissement d’uranium à 20%, sur ce qu’ils feront de l’uranium qu’ils ont déjà enrichi à ce taux et sur la mise en sommeil du nouveau réacteur qu’ils construisent à Arak. Toute la question est ainsi de savoir si la France aura permis de lever des ambiguïtés sans que cela n’empêche la conclusion d’un accord la semaine prochaine ou si elle aura contribué à l’échec d’un compromis possible et nécessaire. Ce n’est pas déjà clair. Il est trop tôt pour le dire mais le fait est, en attendant, que de la Libye à l’Iran en passant par la Syrie et le Mali, la France est devenue, sous deux présidents différents, la plus ferme des puissances occidentales, beaucoup, infiniment plus ferme que les Etats-Unis.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.