Comme on le sait, l’Angleterre est une île. Loin d’être secondaire, cette particularité a de tout temps déterminé son rapport au monde en en faisant un pays maritime, commerçant, impérial hier et toujours plein de méfiance vis-à-vis du continent de cette Europe, source à ses yeux de toutes les menaces d’invasion, de guerre, de concurrence économique, voire d’épidémies.

On ne comprendrait rien au Royaume-Uni en oubliant son insularité mais son autre particularité est tout aussi importante. Depuis que les Etats-Unis ont sèchement mis fin, en 1956, à l’expédition de Suez par laquelle les Britanniques avaient rêvé d’aller renverser Nasser aux côtés des Français et des Israéliens, Londres ne pense plus pouvoir compter dans le monde sans s’aligner en tout sur les Américains. Alors que la France, elle, avait conclu de cet épisode qu’il lui fallait affirmer son indépendance pour continuer à se faire entendre, il y a soixante ans que la Grande-Bretagne ne se voit plus exister sans les Etats-Unis.

Ce sont ces deux caractéristiques qui expliquent que ce pays s’engage aujourd’hui dans un bras de fer avec le reste de l’Union. Si les autres Etats membres ne lui donnent pas satisfaction sur les quatre conditions qu’il leur pose, eh bien son Premier ministre, David Cameron, estime qu’il faudra « reconsidérer » l’appartenance britannique à l’Union et appellera donc à voter en ce sens au référendum qu’il organisera sous deux ans au plus tard.

Le premier réflexe est naturellement de lui répondre : « Eh bien, bon vent ! ». La Grande-Bretagne s’ingénie tant et avec tant de succès à freiner toutes les avancées de l’Union depuis qu’elle y est entrée, qu’on peut légitimement se dire qu’elle se porterait mieux sans les Britanniques, mais non !

L’agacement n’est pas une politique. L’Europe sans la Grande-Bretagne serait une Europe amputée et, face à ce défi, il y a mieux à faire, quatre choses à faire.

La première serait d’appeler les Britanniques à la raison.en leur rappelant que la Manche n’est plus qu’une ruisseau à l’heure de l’Eurostar et de la réduction des distances ; qu’ils se sont perdus en suivant Georges Bush dans son aventure irakienne ; que les Etats-Unis se désintéressent de l’Europe et a fortiori d’eux et que la Grande-Bretagne risque de perdre l’Ecosse et de se défaire en se retirant de l’Union à laquelle les Ecossais tiennent tant.

La deuxième chose à faire serait de leur dire que s’ils devaient malgré tout partir, ils partiraient pour de bon et sans accords privilégiés, pas même commerciaux, car il faut savoir ce que l’on veut.

La troisième chose à faire serait de leur concéder tout ce qu’on peut leur accorder sans trahir l’ambition d’unité européenne et la quatrième, serait de nous préparer à leur départ.

Dans l’hypothèse malheureusement plausible où la Grande-Bretagne s’en irait, la zone euro doit être prête à engager sa transformation en union politique au sein de l’Union, en avant-garde d’une Europe puissance à même d’enfin s’affirmer en acteur de la scène internationale.

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