Il faut maintenant laisser retomber les choses.

L’élection de Donald Trump, on ne le sait que trop, crée une situation totalement nouvelle et potentiellement dangereuse ou détestable.

Ce nouveau président peut priver des dizaines de millions de ses concitoyens de la couverture médicale que Barack Obama était parvenu à généraliser. Il peut faire expulser des centaines de milliers de sans-papiers dont les enfants sont Américains et dont la présence est indispensable à l’économie des Etats-Unis. Il est en situation de donner, et pour longtemps, le contrôle de la Cour suprême à l’Amérique la plus conservatrice et, sur la scène internationale, c’est plus inquiétant encore.

Il pourrait créer de nouvelles tensions au Proche-Orient en faisant déménager l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Il peut chercher à s’entendre avec Vladimir Poutine sur le dos des Syriens et des Ukrainiens. Il peut briser l’Alliance atlantique en mettant fin à l’automaticité de la solidarité de ses membres face à une agression extérieure. Il peut décupler les ambitions hégémoniques de la Chine en Asie en ouvrant une guerre commerciale avec Pékin et cette liste n’est pas limitative.

Tout cela peut s’avérer, et très vite, mais le président Trump ne pourra pas faire tout ce que le candidat Trump disait vouloir faire et, avant d’envisager le pire, il faut voir de qui il s’entourera et qui reviendront les postes-clés. L’urgent est aujourd’hui d’attendre et voir mais il y a une autre urgence qui est de ne pas se laisser trumpiser, de ne pas adopter les mots et les concepts de cet homme, de ce nouvel héros des nouvelles extrêmes-droites occidentales.

Quand Donald Trump oppose systématiquement le peuple dont il serait l’avocat et les élites qui seraient corrompues, il y a là trois mensonges. Le premier est qu’un milliardaire héritier d’une immense fortune et tellement habile à se soustraire au fisc n’est ni l’incarnation de la vertu ni celle des couches populaires. Le deuxième est que ce n’est pas parce qu’on a des diplômes qu’on est un imbécile, un salaud ou les deux. Quant au troisième mensonge, il est qu’il n’y a pas que des laissés-pour-compte qui aient voté pour lui mais également beaucoup de gens riches ou très riches, immensément séduits par sa volonté de réduire leurs impôts.

Quand Donald Trump et ses amis imposent l’idée, car c’est le cas, que la presse et tous les dirigeants politiques auraient ignoré les victimes de la nouvelle économie, non ! Pour voir à quel point c’est faux, il suffit d’ouvrir les journaux et de se souvenir que ce n’est pas se soucier des plus démunis que de leur vendre de faux espoirs, de fausses solutions et de fausses explications de leur appauvrissement, par ailleurs bien réel

Quand Donald Trump, enfin, mets tous les malheurs du monde ouvrier sur le libre-échangisme, il oublie bien trop vite qu’ils tiennent avant tout au recul de l’Etat et à la déréglementation qu’il ne veut pas combattre mais encore accentuer et qu’un retour au protectionnisme n’arrangerait rien mais aggraverait tout.

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