Ce quatrième scrutin en quatre ans a été marqué par la forte poussée du parti d’extrême droite Vox. Même s’il est arrivé en tête, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez aura du mal à constituer une majorité.

Un partisan du parti d’extrême droite nationaliste Vox, drapé dans le drapeau espagnol, devant le siège de son parti à Madrid en attendant les résultats, dimanche 10 novembre 2019.
Un partisan du parti d’extrême droite nationaliste Vox, drapé dans le drapeau espagnol, devant le siège de son parti à Madrid en attendant les résultats, dimanche 10 novembre 2019. © AFP / OSCAR DEL POZO / AFP

Les Espagnols votaient hier pour la quatrième fois en quatre ans, et ces élections anticipées n’ont pas permis de sortir de la crise politique, bien au contraire. 

L'émergence de Vox

Le choc est venu du score du parti d’extrême-droite, Vox, qui double son nombre de sièges. Vox n’existait pas il y a cinq ans, il est aujourd’hui la troisième force politique nationale en Espagne. Il doit ce succès à la crise catalane, et aux scènes de violence le mois dernier à Barcelone, après la condamnation à de lourdes peines des dirigeants indépendantistes. Le parti d’extrême droite a abondamment utilisé ces images dans sa campagne, pour toucher la fibre nationaliste.

Mais Vox se nourrit aussi de l’instabilité politique en Espagne. Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, n’avait pas réussi à construire une majorité après le scrutin anticipé d’avril dernier ; il aura de nouveau du mal cette fois-ci, même s’il est arrivé en tête.

Quelque chose s’est enrayé dans la vie politique espagnole, qui était dominée, depuis le retour à la démocratie, à la mort de Franco, par deux grands partis, les socialistes et les conservateurs. 

Un paysage politique fragmenté en Espagne

Mais depuis quatre ans, le paysage politique est marqué par la fragmentation, rendant le pays bien plus difficile à gouverner. 

La crise économique et sociale est passée par là, avec son lot de désillusions sur une classe politique jugée inefficace. Mais les alternatives apparues ont vite atteint leurs limites, Ciudadanos au centre-droit, qui a connu son heure de gloire et s’est effondré dans le scrutin d’hier, et Podemos à la gauche radicale, qui a son lot de problèmes internes. Ensuite, la crise catalane a permis à l’extrême-droite de s’envoler, d’abord en Andalousie, puis au plan national hier.

Cette fragmentation n’est pas propre à l’Espagne. Celle-ci est à l’image de la plupart des démocraties européennes, qui connaissent une érosion des grands partis de gouvernement. Nous la vivons toujours en France, évidemment, mais c’est le cas dans la plupart des vieilles démocraties, y compris l’Allemagne où la grande coalition droite-gauche est peut-être la dernière du genre.

Et, phénomène plus marquant encore, le vote, censé fournir la décision suprême, celle du peuple, face aux grands choix du pays, ne suffit plus à départager des opinions polarisées. C’est le cas de l’Espagne avec cette crise prolongée ; mais les Britanniques se rendent aux urnes dans trois semaines, là encore avant l’échéance, pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent depuis trois ans.

L'impasse de la démocratie ?

C’est la démocratie représentative qui est clairement mise en cause. Les électeurs ont le sentiment que leur vote ne change rien à leurs vies, que les décisions ne dépendent pas de leur bulletin de vote, mais de forces plus puissantes ou plus obscures. Les réseaux sociaux se chargent d’alimenter ce soupçon.

Winston Churchill, dans une phrase célèbre, disait que "la démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres". Il reste à prouver que cet aphorisme s’applique aussi à la démocratie représentative : celle-ci manifeste aujourd’hui de vrais signes d’usure, voire d’inadaptation aux exigences des citoyens, mais on n’a pas encore trouvé mieux.

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