L’Azerbaïdjan est le vainqueur militaire de la guerre pour le Haut Karabakh ; mais la Turquie et la Russie sont les vainqueurs politiques de ce conflit symbolique d’un monde post-occidental brutal.

Des manifestants à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, agitent les drapeaux turc et azerbaidjanais, mardi 10 novembre, pour célébrer leur « victoire » sur l’Arménie.
Des manifestants à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, agitent les drapeaux turc et azerbaidjanais, mardi 10 novembre, pour célébrer leur « victoire » sur l’Arménie. © AFP / Tofik BABAYEV / AFP

Un mois de guerre autour du sort de l’enclave du Haut Karabakh et il y a un vainqueur militaire, l’Azerbaïdjan ; et deux vainqueurs politiques : la Turquie et la Russie. Explications.

La guerre a été déclenchée par l’Azerbaïdjan, pour mettre fin au statut de « conflit gelé » autour du Haut Karabakh, ce territoire qui appartient à l’Azerbaïdjan, mais est peuplé d’Arméniens. Depuis trente ans, la situation est figée, depuis une guerre remportée alors par l’Arménie.

Mais le rapport de force a changé : l’Azerbaïdjan, fort de ses hydrocarbures et de sa population trois fois plus importante que celle de l’Arménie, a modernisé son armée, et s’est imposé sur le terrain. Un armement moderne fourni par la Turquie, mais aussi par Israël. Et ça a fait la différence.

Pour éviter une défaite totale, les dirigeants arméniens ont accepté un plan proposé par la Russie, qui leur est très défavorable - mais ils n’avaient guère le choix.

Cette issue a provoqué des scènes de colère côté arménien, un sentiment de trahison d’une partie de la population, pour qui les milliers de victimes du conflit sont donc mortes pour rien. Mais ces réactions très émotionnelles ignorent le risque que courait l’Arménie à poursuivre une guerre impossible à gagner.

Il y a bien un vainqueur militaire, et c’est l’Azerbaïdjan ; et je disais qu’il y avait deux vainqueurs politiques. D’abord le parrain de Bakou dans cette opération, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, très critiquée pour cette nouvelle aventure hors de ses frontières, mais qui sort auréolée d’un succès rapide.

Erdogan a pris le risque de venir dans la zone d’influence russe, rompre un statu quo ancien. Tout en envoyant armes, conseillers, et même mercenaires au côté de l’armée azerbaïdjanaise, il s’est toutefois gardé de risquer une confrontation directe avec la Russie. L’issue de cette guerre en fait une puissance qui compte de nouveau dans le Caucase du Sud.

Côté russe, Vladimir Poutine est initialement resté passif, et ça a surpris. Il a laissé cette guerre suivre son cours, fixant juste une ligne rouge, le territoire de l’Arménie proprement dite.

Il n’est entré en scène que lorsque l’Azerbaïdjan a récolté les fruits de son offensive, comme s’il voulait montrer à un certain moment que le patron de la région, c’était encore lui.

Il l’est même solidement, puisque l’accord prévoit le déploiement de troupes russes pour permettre un couloir entre l’Arménie et le Haut Karabakh amputé de ses zones environnantes ; et l’Arménie, qui a vainement espéré que Moscou vole à son secours, est aujourd’hui plus dépendante que jamais de la Russie. 

Le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, paye-t-il le fait d’être arrivé au pouvoir porté par une « révolution de couleur » comme les déteste Poutine ? C’est en tous cas ce que l’on croit à Erevan.

Cette guerre du XXI° siècle dont les raçines sont anciennes et profondes, a bouleversé la donne géopolitique de cette région stratégique. Sans que l’Europe et l’Occident en général aient eu leur mot à dire ou la moindre possibilité de peser, symbole d’un monde post-occidental dans lequel la règle du jeu est celle des rapports de force brutaux.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.