Il n’y a pas eu de sondages sortie des urnes. Il n’y a pas non plus d’estimation chiffrée du taux de participation. Pour l’heure, les bulletins ne font que commencer à remonter vers les centres de dépouillement et, souvent, à dos d’ânes mais on a vu. On a vu, jusqu’à Kandahar, l’ancien fief des Taliban, les Afghans se rendre, samedi, en masse aux bureaux de vote. On a vu les sourires d’électeurs qui, tous, exprimaient l’espoir que cette élection présidentielle pourrait mettre fin à vingt-cinq ans de troubles, de guerre et de folie fanatique. On a vu des chefs de guerre qui, samedi, demandaient l’annulation de ce vote, tempérer leurs critiques devant le succès de ce scrutin que l’Onu et tous les observateurs internationaux estiment, non pas irréprochable, loin de là, mais libre, exempt de contrainte et sans fraude organisée. L’Afghanistan vient de connaître un grand jour mais pourquoi ce qui aura été possible à Kaboul, ce pas vers la paix civile et la démocratie, paraît-il tellement hors d’atteinte à Bagdad ? La réponse est claire. Quand les Etats-Unis sont intervenus en Afghanistan pour y renverse le régime en place, ils avaient le droit pour eux. Ils venaient d’être victimes d’un acte de guerre, l’attentat du 11 septembre, organisé par un groupe dont le chef, Oussama Ben Laden, et tout l’état-major, étaient les hôtes et les protégés des Taliban qui refusaient de les livrer. Les Etats-Unis étaient en situation de légitime défense. Leur intervention était fondée en droit international. Sa raison n’était pas discutable alors que, dans le cas de l’Irak, Georges Bush et ses alliés sont intervenus sans avoir été attaqués, en invoquant une menace imminente qui ne paraissait nullement évidente et ne l’était pas, en se passant, surtout, d’un accord du Conseil de sécurité qu’ils n’auraient pas obtenu s’ils l’avaient demandé. Ce n’est pas tout. Alors que les Etats-Unis ont directement gouverné l’Irak pendant plus d’un an, s’y sont faits puissante occupante derrière une façade d’hommes de paille irakiens qu’ils avaient ramenés dans leur bagages, c’est une conférence internationale à laquelle avaient participé toutes les forces d’opposition afghanes qui a confié les rênes provisoires du pays à Hamid Karzaï, l’homme qui sortira très vraisemblablement vainqueur, Président maintenant élu, du scrutin de samedi. Troisième différence, enfin : alors que les conditions de l’intervention en Irak ont empêché l’Onu et l’ensemble de la communauté internationale de s’impliquer à Bagdad, ce sont les Nations-Unies et, avec elles, l’ensemble de la communauté internationale et non pas seulement les Etats-Unis qui pilotent depuis trois ans cette phase de transition à Kaboul. En Afghanistan, la population n’a pas le sentiment de vivre sous occupation étrangère mais d’être aidée, bien insuffisamment d’ailleurs, à sortir d’un long cauchemar remontant à l’intervention soviétique de 1979. Cela fait toute la différence mais cela n’empêche pas le candidat Bush de déjà se prévaloir du scrutin afghan pour justifier l’aventure irakienne.

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