Cela ressemble toujours plus à un avant-guerre. Il y a maintenant une semaine que Turcs et Syriens échangent des tirs par-dessus leur frontière commune. La Turquie a contraint hier un avion de ligne syrien en provenance de Moscou à atterrir près d’Ankara car elle soupçonnait qu’il servait à un transport d’armes et l’Otan, dont la Turquie est membre, se dit prête à la défendre si besoin était.

Que des tirs syriens fassent de nouvelles et nombreuses victimes côté turc et une logique de guerre pourrait vite s’enclencher mais, au-delà de ces tensions de plus en plus inquiétantes, aucun de ces deux pays n’aurait en fait intérêt à s’engager dans un vrai conflit.

Le régime syrien veut intimider la Turquie qui le pourfend quotidiennement, accueille les réfugiés fuyant les bombardements et héberge l’état-major de l’Armée syrienne libre. Ces tirs sont délibérés mais la Syrie sait jusqu’où elle ne doit pas aller trop loin car, si l’armée turque pénétrait sur son territoire, Bachar al-Assad aurait alors du mal à faire face, en même temps, à l’insurrection intérieure et à cette intervention étrangère

Côté turc, maintenant, la partie est tout aussi délicate pour deux raisons. La première est que le gouvernement islamo-conservateur vient de démanteler l’état-major à coup de procès contre d’obscurs complots militaires dont il est bien difficile de dire jusqu’à quel point ils sont avérés. Le gouvernement turc a cassé une armée qui avait longtemps constitué, dans l’ombre, le seul vrai pouvoir du pays et cette puissante armée est aujourd’hui si désorganisée qu’on ne la lancerait pas sans risques sur les champs de bataille

Militairement parlant, le gouvernement turc est contraint à la prudence et, politiquement parlant, il y a la question kurde pour le faire réfléchir plus encore. Plus durera le conflit syrien plus l’éclatement de ce pays sera inévitable et plus les Kurdes de Syrie pourront prendre leur autonomie, comme l’ont fait ceux d’Irak, et l’affirmation de ce peuple dispersé relancerait alors l’agitation des Kurdes de Turquie. C’est pour cela, pour que la Syrie n’éclate pas, que la Turquie a très vite souhaité la chute de Bachar al-Assad mais, maintenant que le conflit a duré, les Turcs doivent bien voir qu’une défaite de l’insurrection aurait au moins le mérite, à leurs yeux, d’empêcher une complète autonomisation des Kurdes syriens. Pour eux, le dilemme est total mais une logique de guerre est à l’œuvre.

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