Ces trente dernières années, l’Occident a eu de grands torts vis-à-vis de la Russie...

Ils ne sont guère contestables mais ces torts expliquent-ils et, surtout, excusent-ils l’inqualifiable sauvagerie de la politique syrienne de Vladimir Poutine ? Le débat monte mais essayons d’y voir clair.

La plus grande erreur des Occidentaux a été de ne pas aider Mikhaïl Gorbatchev à réussir son pari. Il voulait sauver la Russie de l’effondrement communiste en transformant l’Union soviétique en un marché commun d’Etats indépendants et en y instaurant les libertés politiques que la Russie n’avait pratiquement jamais connues sous aucun de ses régimes.

Il n’a pas été loin d’y parvenir mais ses réformes ont naturellement accentué les difficultés économiques de son pays. Un mécontentement social en est né et il n’aurait pu le réduire qu’avec des prêts massifs de l’Europe et des Etats-Unis qui les lui ont refusés.

C’est ainsi que l’espoir d’une transition ordonnée a été brisé, que Gorbatchev est tombé et que Boris Eltsine, son successeur, a résolu d’administrer à la Russie une « thérapie de choc » que les Occidentaux ont alors applaudie à tout rompre et largement financée. Les anciens apparatchiks communistes se répartissaient toutes les richesses industrielles du pays dans ce qui fut le plus grand hold-up de l’histoire. Les retraités étaient jetés à la rue par l’inflation mais le FMI et les Occidentaux ne voyaient là que fin du communisme et triomphe du marché et leur aveuglement a beaucoup contribué à dégoûter les Russes du marché libre et de la démocratie.

Ce fut le second tort de l’Occident, celui qui a permis à Vladimir Poutine de restaurer l’autoritarisme russe. Ces deux immenses erreurs, l’Occident les paye lourd aujourd’hui mais pour le reste, non.

On peut difficilement reprocher aux Occidentaux d’avoir élargi l’Otan aux Etats sortis du bloc communiste et de l’Union soviétique car ces pays voulaient y entrer par peur d’un revanchisme russe, crainte qui ne parait désormais plus infondée. Quant à l’alignement diplomatique sur les Etats-Unis de la Russie des années 90, il a certainement humilié ce pays mais n’a pas été imposé de Washington mais décidé par Boris Eltsine dont Vladimir Poutine était alors un proche collaborateur.

L’Occident a de grands torts vis-à-vis de la Russie mais pas tous les torts car les Russes s’en sont infligé beaucoup à eux-mêmes et, d’abord, M. Poutine.

Vladimir Poutine veut aujourdhuirestaurer la puissance russe alors que la Russie, comme un pays du tiers-monde, dépend essentiellement de ses matières premières en raison de la faiblesse de son industrie et de son retard technologique. Il veut également devenir président à vie et ces deux objectifs le conduisent à flatter le nationalisme russe en saisissant tous les moyens, l’Ukraine et la Syrie au premier chef, de refaire de la Russie un pays incontournable sur la scène internationale.

Alep et les Syriens en paient le prix et, torts passés des Occidentaux ou pas, c’est aussi inacceptable que totalement aventurier.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.